Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

Le Grand Prix de l’IHAF (ex-prix Lionel-Groulx) prime le meilleur ouvrage paru durant la dernière année civile portant sur un aspect de l’histoire de l’Amérique française et s’imposant par son caractère scientifique, l’originalité de la contribution à l’histoire de l’Amérique française, la qualité de la recherche et de la méthodologie et la rigueur de la démarche intellectuelle
Lost in the crowd_couvert
2025

Gregory M.W. Kennedy

Lost in the Crowd. Acadian Soldiers of Canada's First World War
McGill-Queen's University Press, 2024
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Avec Lost in the Crowd. Acadian Soldiers of Canada’s First World War, Gregory Kennedy propose une lecture renouvelée et profondément humaine de la Première Guerre mondiale. En appliquant les méthodes de l’histoire sociale à l’étude du conflit, il redonne vie aux parcours oubliés des soldats acadiens ayant participé à l’effort de guerre, offrant ainsi un récit plus riche non seulement de cet événement majeur, mais aussi de l’histoire acadienne.

S’appuyant sur un large éventail de sources (lettres de soldats, journaux, journaux intimes, archives militaires, recensements), Kennedy retrace avec précision l’histoire de la création du 165e Bataillon, composé de soldats acadiens qui peinaient à trouver leur place dans les régiments anglophones. Alors que l’historiographie a plutôt insisté sur le manque d’engagement des francophones durant les guerres mondiales, Lost in the Crowd offre une autre perspective : les Acadiens étaient tout aussi volontaires pour s’enrôler que leurs pairs anglophones, un engagement en partie stratégique pour accroître leur légitimité dans l’espace canadien. La lecture que propose Kennedy du conflit est originale parce qu’elle déroge de l’histoire militaire traditionnelle s’attachant aux victoires glorieuses ou aux hauts faits accomplis par des héros. Elle s’intéresse plutôt au quotidien et aux sentiments de ceux qui ont vu leur vie transformée par la guerre et par la crainte de ne pas revenir du front.

En reconstituant de manière minutieuse l’histoire négligée du 165e Bataillon et de ceux qui l’ont animé, Kennedy met en lumière l’importance de faire l’histoire des communautés francophones en situation minoritaire afin d’enrichir notre compréhension globale de l’histoire canadienne. Le jury adresse ses plus chaleureuses félicitations à Gregory Kennedy pour cet ouvrage à la fois émouvant, rigoureux et superbement rédigé.

Jury des prix du livre de l'IHAF 2025

  • Valérie Lapointe-Gagnon (présidente), Université de l’Alberta
  • Michel Ducharme, Université de la Colombie-Britannique
  • Jean-Philippe Garneau, Université du Québec à Montréal
Benoît Grenier | Persistances seigneuriales. Histoire et mémoire de la seigneurie au Québec depuis son abolition
2024

Benoît Grenier

Persistances seigneuriales. Histoire et mémoire de la seigneurie au Québec depuis son abolition
Éditions du Septentrion, 2023
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C’est un ouvrage très personnel qu’offre Benoît Grenier dans Persistances seigneuriales. Histoire et mémoire de la seigneurie au Québec depuis son abolition. L’auteur propose ici les conclusions d’une enquête qui l’anime depuis près de quinze ans et qui souligne son engagement en faveur de l’histoire publique. Convaincu depuis longtemps que la mort officielle du régime seigneurial en 1854 dissimule finalement mal une agonie qui se prolonge, parfois même jusqu’à nos jours, l’auteur s’attache à retrouver les multiples avatars contemporains de cette institution obstinée. Les persistances, ce sont d’abord les traces matérielles, les rentes seigneuriales ou les forêts domaniales, parfois fort conséquentes, qui ont façonné durablement les fortunes de certaines familles et institutions religieuses. On découvre aussi, et peut-être surtout, ce que le régime seigneurial anime chez ceux et celles qui s’en réclament, ceux qui l’ont fait vivre, et ceux qui continuent à en entretenir le souvenir. Au fil de nombreux entretiens, l’auteur recueille la parole des derniers témoins d’une distinction vécue parfois avec pudeur, souvent avec fierté. Faire l’histoire des persistances seigneuriales, pour Benoît Grenier, c’est ainsi faire l’histoire des ambivalences de la distinction, que celle-ci s’enracine dans la généalogie ou dans un terroir. Enfin, Persistances seigneuriales souligne avec sensibilité la dette de l’historien envers les nombreuses collaborations qu’il a su nouer au fil des années. Le respect de l’auteur pour ses interlocuteurs et interlocutrices y transparaît à chaque page. Les érudits locaux, les défenseurs acharnés de l’histoire régionale, les communautés héritières de la mémoire seigneuriale y trouveront, dans un ouvrage abondamment illustré, le témoignage de cette reconnaissance. Le public, pour son plus grand bénéfice, en récolte les fruits.
Steven High | Deindustrializing Montreal. Entangled Histories of Race, Residence, and Class
2023

Steven High

Deindustrializing Montreal. Entangled Histories of Race, Residence, and Class
McGill-Queen’s University Press, 2022
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Deindustrializing Montreal. Entangled Histories of Residence, Race and Class est une étude importante, ambitieuse, originale et émouvante. Steven High propose une interprétation novatrice, riche et complexe des transformations profondes des quartiers ouvriers de Montréal depuis les années 1960 et 1970 sous les effets conjugués de la désindustrialisation et d’interventions urbanistiques d’envergure. Pour comprendre la déstructuration entraînée par ces bouleversements dont les échos retentissent jusque dans la société contemporaine, l’auteur présente une analyse comparative de deux quartiers du sud-ouest de la métropole, voisins du canal de Lachine et de ses complexes industriels ainsi que du principal pôle ferroviaire montréalais. Ce sont Pointe-Saint-Charles et la Petite-Bourgogne. Malgré leur proximité, ces quartiers connaissent un passé et un présent qui divergent – divergences qui s’expliquent, selon Steven High, par l’imbrication complexe des rapports entre résidence, race et classe. En effet, si la population industrielle de la Pointe est majoritairement blanche, qu’elle soit francophone ou anglophone, d’origine canadienne-française, irlandaise ou anglaise, catholique ou protestante, celle de la « Black City Below the Hill » se voit exclure du travail industriel par le racisme ambiant, et par la logique raciale du capitalisme, et cantonnée dans des emplois subalternes, hors de l’usine, comme porteurs de wagons-lits. Les relations entre les deux quartiers et la culture ouvrière qui prend racine dans chacun seront façonnées par cette articulation du rapport entre classe et race. La déstructuration de ces espaces de vie et la délocalisation de leurs populations respectives emprunteront aussi des chemins spécifiques conditionnés par leurs caractéristiques raciales et sociales. L’auteur examine aussi la capacité de résistance et de mobilisation différenciée de leurs résidents face aux nouvelles réalités postindustrielles et à la gentrification. L’étude se termine par un portrait des deux quartiers aujourd’hui. L’auteur y dénonce les représentations incomplètes, voire fautives du passé, qu’il soit récent ou plus éloigné, qui sont véhiculées dans les « memorial landscapes » des deux quartiers, représentations qui évacuent l’expérience ouvrière et les luttes collectives à la faveur d’une vision esthétisante du patrimoine industriel et d’une évocation romantique de l’âge d’or du jazz dans la Petite-Bourgogne. Steven High insiste au contraire sur la complexité du passé et sur l’urgence de reconnaître l’histoire récente, difficile et violente de la transition postindustrielle.Il est impossible de rendre justice, en quelques mots, au contenu de cet ouvrage exceptionnel. Il constitue un apport remarquable à l’histoire ouvrière, urbaine et politique de Montréal et de sa communauté noire. En même temps, il s’inscrit dans un dialogue nord-américain et international sur les dynamiques et les conséquences de la désindustrialisation à l’échelle de la ville et du quartier. L’ouvrage se démarque également par la richesse et la diversité du matériel documentaire qui nourrit l’analyse et par son intégration efficace et respectueuse d’extraits des récits de vie de nombreux résidents de ces quartiers. Il témoigne ainsi de l’expertise et de l’engagement de Steven High dans la pratique de l’histoire orale et de l’histoire publique. Par leur valeur documentaire et mémorielle les paroles de ces hommes et de ces femmes ajoutent à la force de l’étude et suscitent l’émotion du lecteur, tout comme les photographies tirées d’albums de famille et les œuvres artistiques qui les accompagnent. Enfin, soulignons les qualités esthétiques de ce livre dont la facture soignée reconnaît et rend hommage aux acteurs de cette histoire.
Larochelle_Catherine
2022

Catherine Larochelle

L'école du racisme. La construction de l'altérité à l'école québécoise (1830-1915)
Presses de l'Université de Montréal, 2021
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Le racisme s’apprend – et il s’apprend à l’école. C’est le point de départ de Catherine Larochelle dans son étude novatrice et stimulante de la société québécoise et de ses rapports à l’Autre de 1830 à 1915. L’école du racisme propose une analyse fine des matières et des approches pédagogiques et souligne la contribution de l’apprentissage formel aux stéréotypes et préjugés étayant le colonialisme et la hiérarchisation raciale au Québec. Cette thèse émerge des réponses aux nombreuses questions que Larochelle pose. Quelles sont les représentations de l’Autre proposées aux élèves québécois des 19e et 20e siècles ? Comment ces représentations alimentent-elles l’identité nationale en voie de construction ? Quels courants idéologiques ont influencé les travaux des pédagogues canadiens et quels stéréotypes se sont ainsi trouvés diffusés à l’ensemble de la population enfantine de la province ? Afin d’y répondre, Larochelle parcourt de nombreuses sources de nature variée. Les manuels scolaires occupent une place de choix. Si l’autrice se concentre surtout sur les manuels d’histoire et de géographie, vecteurs privilégiés des représentations de l’altérité, elle analyse également d’autres matières. L’enseignement de l’écriture, de la grammaire et de la syntaxe contribuent aussi à la banalisation des stéréotypes raciaux tout comme les revues pédagogiques, les journaux à grand tirage et la correspondance des écoles et des inspecteurs. L’attention que porte l’autrice aux devoirs d’étudiants constitue une contribution particulièrement novatrice, dont l’analyse révèle comment les idées racistes prennent racine dans les esprits d’enfants d’âge scolaire. Au fil de sa démonstration, L’école du racisme fait dialoguer de façon habile sources et études, afin de souligner non seulement le caractère particulier du cas québécois, mais aussi les divers points de rencontre entre le Québec, le Canada anglais, les États-Unis et l’« Occident ». C’est sur ce dernier point que l’intervention de Larochelle est particulièrement efficace : elle révèle de façon frappante les influences qu’ont eues l’un sur l’autre les discours anglophone et francophone sur l’altérité. De cette façon, elle « réévalue, à la baisse, la portée des différences habituellement associées aux identités canadiennes blanches » (p. 13). Le jury a grandement apprécié la nature contestatrice de L’école du racisme. En évitant sciemment de reconduire l’opposition habituelle des « deux solitudes », Catherine Larochelle propose une lecture de l’histoire québécoise originale, participant pleinement à la construction de l’altérité racisée et dépréciée qui emporte toutes les sociétés occidentales. Larochelle nous montre que le racisme au Québec pendant le long 19e siècle n’est pas un défaut individuel chez des personnes mal instruites, mais plutôt le résultat d’un système scolaire dont la mission est en partie de l’enseigner. Ce faisant, ce livre nous ouvre des champs négligés par l’histoire de l’Amérique française, des champs que l’on espère voir bientôt investis par d’autres.
Dubois_Paul-André
2021

Paul-André Dubois

Lire et écrire chez les Amérindiens de Nouvelle-France. Aux origines de la scolarisation et de la francisation des Autochtones du Canada
Presses de l'Université Laval, 2020
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Et si notre connaissance du « sujet moderne », tel que saisi non seulement dans son parcours de vie ou son agentivité mais aussi dans ses expériences d’écriture et de lecture, était fragmentaire parce que trop focalisée sur le colon européen? Et que cette connaissance n’accordait pas assez d’espace aux réalités culturelles contrastées des actrices et des acteurs sur le territoire et à leur interaction à la même époque? Et si les événements qui se sont produits dans les coins les plus reculés de la colonie française avaient eu des conséquences profondes sur la construction de ce même « sujet moderne »? Et si, dans l’appréciation de cette construction, on avait sous-estimé l’importance de la répétition de gestes tout simples au fil des décennies, d’un ensemble de petits rituels qui auraient concouru à la genèse de subjectivités à la fois européennes et autochtones? L’ouvrage de Paul-André Dubois non seulement explore toutes ces questions délicates, mais fait du même coup voler en éclats bon nombre de vieux clichés surannés ou binaires sur l’instruction – et plus largement l’éducation – des peuples autochtones. Le livre séduit dès le départ avec son choix d’échelle. Ainsi, plutôt que de commencer avec une discussion conceptuelle qui prendrait à témoin l’« Amérindien », la « civilisation » ou encore la « Nouvelle-France », l’auteur s’attache plutôt à mettre en scène l’intimité des actrices et des acteurs sociaux alors qu’ils apposent leurs signatures sur des contrats de travail ou à l’occasion d’un mariage. À terme, l’approche invite par défaut à revoir les grandes catégories d’analyse à l’aune des complexes réalités du terrain, telles que révélées par les multiples archives de première main mobilisées par l’auteur. Le portrait qui en découle est tout sauf homogène, interpellant à la fois les multiples réalités autochtones – qui comprennent l’esclavagisme – et une variété de contextes de scolarisation. Un portrait qui force au passage la redéfinition des concepts mêmes d’« éducation », d’« Autochtone » et même d’« Amérique française ». La démonstration démarre avec l’analyse d’une première vague de francisation à la fin du XVIIe siècle, où des enfants autochtones s’initient d’abord à la lecture et à l’écriture. Un mouvement qui s’étiole toutefois dès le début du XVIIIe siècle, laissant la place au chant et au commerce comme interfaces d’échange et à l’institution du mariage (avec des colons européens) comme valeur-refuge pour les filles. Cette évolution est notamment tributaire d’enjeux culturels – parmi ceux-ci les principes de l’enseignement jésuite –, mais aussi plus généralement des difficiles conditions de vie, rythmées par les guerres et l’instabilité politique. Toutefois, au-delà des témoignages eurocentrés qui soulignent les limites et les insuccès des entreprises de francisation et plus largement d’éducation des Autochtones, l’auteur parvient à dégager l’essence de plusieurs parcours individuels particulièrement instructifs quant à la construction culturelle qui prend tout de même place en silence. Par l’observation des signatures de filles, par exemple, témoignage du legs des mères instrumentalisé ensuite dans le marché des unions; ou encore par l’analyse du mimétisme vestimentaire, promesse d’une intégration à la société coloniale; enfin par l’intérêt des protagonistes à profiter du contexte scolaire, sans nécessairement acquérir toutes les compétences langagières dictées par les normes européennes. En explorant cet univers scolaire, l’auteur observe le rôle de la famille, des réseaux de sociabilité et du clientélisme. Il apprécie également l’influence de l’État, qui fait figure à la fois de complice et d’opportuniste dans la récupération de cette « acculturation autochtone » dans le jeu politique. Mais plus fondamentalement, l’un des enseignements les plus percutants de cet ouvrage repose dans sa capacité à effacer les raisonnements binaires opposant « Français » et « Indigènes », ou encore « instruits » et « analphabètes ». La perspective de l’auteur propose plutôt d’observer de complexes processus d’adaptation et d’appropriation mutuels. Ces processus révèlent des manières d’être, plutôt que la simple appréciation d’une connexion entre deux mondes. En reconnaissance de cette approche novatrice, et de la somme que représente cette recherche, le jury salue la contribution majeure à l’histoire culturelle de l’Amérique française qu’apporte cette enquête, qui pose d’ores et déjà un jalon dans l’historiographie autochtone.
Vidal_Cecile
2020

Cécile Vidal

Caribbean New Orleans. Empire, Race, and the Making of a Slave Society
University of North Carolina Press, 2019
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Voici une réalisation extraordinaire, une monographie riche et dense qui témoigne d’une maîtrise phénoménale des archives et de l’historiographie sur le colonialisme franco-américain. Sous la plume de Cécile Vidal, le lecteur découvre une Nouvelle-Orléans socialement très complexe – en phase avec la « normalité » des villes frontières du XVIIIe siècle. L’auteure reconstitue ce monde grouillant à partir des concepts à la fois de classe, de race et de genre, ainsi que des statuts socioprofessionnels des groupes de diverses origines. Elle utilise des sources juridiques qui révèlent comment les gens se représentaient dans leurs relations et dans leurs choix intimes, domestiques et publics. Le lecteur pénètre ainsi au cœur d’une société magnifiquement révélée comme « intégrative, mais fondamentalement hiérarchisée » (p. 430). Vidal décrit notamment, avec des nuances fascinantes, la création et la signification de la société esclavagiste. Elle explore aussi les liens entre soldats et esclaves – qui s’enfuit avec qui, qui épouse qui, qui ne peut pas se marier – et met en relief un métissage qui ne reflète pas tant l’ouverture raciale mais la fermeture et la domination. L’auteure rend enfin intelligible le désir universel d’embrasser le commerce. Tous ces points d’analyse, à la fois remarquablement intimes et si difficiles à cerner et à comprendre, permettent ici de mettre au jour à la fois de nouveaux faits et des identités sophistiquées et nuancées. Le portrait plus large de la Nouvelle-Orléans en tant que ville incrustée dans le monde des Caraïbes, caractérisée par la racialisation croissante des relations, du commerce, du travail et de la punition, constitue une avancée significative de notre compréhension de cet univers – et de ses dettes envers une certaine Amérique spécifiquement française.
Parsons-Christopher
2019

Christopher M. Parsons

A Not-So-New World. Empire and Environment in French Colonial North America
University of Pennsylvania Press, 2018
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S’il est vrai que la connaissance de la Nouvelle-France n’a pas eu l’effet escompté sur le développement des sciences naturelles, comme le déplorait déjà le jésuite Joseph-François Lafitau au début du XVIIIe siècle, il est étonnant que le sujet ait suscité si peu d’intérêt jusqu’à la publication de A-Not-So-New World. Dans cet ouvrage, Christopher Parsons nous livre une étude novatrice et ingénieuse sur la construction sociale des connaissances scientifiques portant sur la Nouvelle-France. L’auteur y explore les chevauchements et les tensions au sein de différentes polarités spatiales et conceptuelles : le colonial et le métropolitain, la nature et l’artefact, le « sauvage » et le cultivé. Il examine ce que Thomas Kuhn a décrit comme « la tension essentielle » entre les cadres intellectuels existants définissant la rigueur et l’intelligibilité, ce qui lui permet de cerner l’émergence de nouvelles observations et de nouvelles connaissances issues du domaine colonial. Pour les savants formés en France, la Nouvelle-France semblait étrangement familière. Ce qu’ils observaient était interprété comme de légères variations des normes françaises. L’auteur montre que ce raisonnement était erroné. Si la France et la Nouvelle-France ont bien partagé des espèces avant la dérive des continents, ces espèces ont considérablement évolué au fil du temps en fonction de conditions climatiques et de contextes géographiques très différents. Parsons produit ainsi une analyse brillante du fonctionnement de la science moderne à ses débuts, en montrant comment le réseau de connaissances et de relations, centré sur Paris, catalyse les expériences coloniales en connaissances métropolitaines. Il aura fallu beaucoup de temps et de nombreuses expériences infructueuses aux savants français pour qu’ils identifient une flore et une faune véritablement indigènes – et avant qu’ils ne reconnaissent des compétences aux Autochtones en matière de culture du sol. Le jury a grandement apprécié la manière avec laquelle l’auteur démontre comment le processus de modernisation scientifique a efficacement dissimulé le savoir autochtone expert, et en particulier celui des femmes autochtones. Il permet du même souffle au lecteur de constater que Lafitau lui-même commence à prendre conscience de ce problème et à reconnaître que le privilège épistémologique « scientifique » avait des coûts et des avantages. L’ouvrage de Parsons jette en bout de ligne un éclairage novateur sur les liens qui unissent les mécanismes du colonialisme intellectuel et ceux de la politique française en Amérique du Nord. Les membres du jury saluent cet ouvrage, qui représente une importante contribution à l’histoire des sciences en Amérique française.
Mimeault_Mario
2018

Mario Mimeault

La pêche à la morue en Nouvelle-France
Éditions du Septentrion, 2017
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L’ouvrage de Mario Mimeault se penche sur un sujet mal étudié jusqu’à présent : la pêche à la morue sous le Régime français, et représente une contribution importante à l’histoire économique de la Nouvelle-France. S’appuyant sur un large corpus de sources tirées d’archives canadiennes fédérales et provinciales, mais aussi françaises, britanniques et américaines, le livre documente l’émergence au cours du XVIIIe siècle d’une industrie de la pêche spécifiquement canadienne dans le golfe du Saint-Laurent, impliquant investisseurs, marchands et travailleurs résidant dans la colonie. Industrie profitable, la pêche contribua à la croissance économique de la colonie au même titre que l’agriculture et la traite de la fourrure. En plus de générer des profits non négligeables, elle créa et permit d’entretenir des réseaux commerciaux transatlantiques tout en renforçant les revendications territoriales françaises sur le pourtour du golfe.
Havard_Gilles
2017

Gilles Havard

Histoire des coureurs de bois. Amérique du Nord, 1600-1840
Les Indes savantes, 2016
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Il est dans l’histoire des figures marginales dont la richesse symbolique a permis l’élévation dans l’ordre de la légende. Le coureur de bois occupa ainsi longtemps une place prééminente dans la mémoire canadienne-française et québécoise, incarnant complaisamment les vertus prétendument aventurières d’un peuple concomitamment décrit dans les mots de l’enracinement. Il fallait un grand livre pour arracher un tel personnage à la caricature du mythe. Ce grand livre, Gilles Havard l’offre à la communauté scientifique avec son Histoire des coureurs de bois. Amérique du Nord, 1600-1840, auquel l’Institut d’histoire de l’Amérique française décerne cette année son prix le plus prestigieux.

Se fondant sur la maîtrise d’un imposant matériel documentaire et de multiples historiographies, l’auteur propose une ambitieuse réinterprétation du sujet. Par le jeu d’un regard comparatif constamment exercé entre des contextes dispersés, sur une période couvrant près de deux siècles et demi et à l’intérieur d’espaces autochtones et impériaux aussi vastes que contrastés, il parvient à redonner à des vies singulières leur pleine complexité. Coureurs, chasseurs et voyageurs retrouvent une vérité que leur avaient déniée les idéologies étatiques normalisatrices comme les analyses historiques surplombantes.

Plus qu’un simple rouage économique dans l’exploitation de la fourrure, le coureur des bois de Gilles Havard est un homme qui engage son existence à la frontière des mondes européens et autochtones, assurant de son nomadisme leur interconnexion. Il y invente une identité professionnelle et, peut-être surtout, une expression originale de la virilité. Cette culture juvénile de la circulation alimente particulièrement l’imaginaire des populations de colons dont les coureurs sont issus et vers lesquelles ils retournent le plus souvent. Dans la Prairie, toutefois, certains d’entre eux inventent avec leurs compagnes autochtones de petites communautés métisses, à distance des pesanteurs de leurs sociétés d’origines respectives, qui s’enfoncent progressivement dans la racialisation.

La recherche de Gilles Havard, rendue dans une prose limpide, s’impose par son envergure théorique et son érudition. Elle inscrit l’Amérique française au cœur des grandes problématiques qui alimentent l’histoire critique des mondes impériaux et coloniaux.

Jury des prix de l’IHAF 2017

Béatrice Craig, Université d’Ottawa

Michel Ducharme, Université de la Colombie-Britannique

Ollivier Hubert, Université de Montréal

Poutanen_Mary_Anne
2016

Mary Anne Poutanen

Beyond Brutal Passions. Prostitution in Early Nineteenth-Century Montreal
McGill-Queen's University Press, 2015
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Young_Brian
2015

Brian Young

Patrician Families and the Making of Quebec. The Taschereaus and McCords
McGill-Queen's University Press, 2014
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Moussette_et_Waselkov
2014

Marcel Moussette et Gregory A. Waselkov

Archéologie de l'Amérique coloniale française
Lévesque éditeur, 2014
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Curtis_Bruce
2013

Bruce Curtis

Ruling by Schooling Quebec. Conquest to Liberal Governmentality. A Historical Sociology
University of Toronto Press, 2012
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2012_Lauréats_Bradbury
2012

Bettina Bradbury

Wife to Widow. Lives, Laws, and Politics in Nineteenth-Century Montreal
UBC Press, 2011
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Les moments de transition sont souvent révélateurs d’une société. Wife to Widow en fait l’éloquente démonstration en s’attardant aux parcours de deux générations de Montréalaises mariées dans les décennies 1820 et 1840 et devenues veuves par la suite. L’auteure, Bettina Bradbury, nous rappelle ici, à travers un ouvrage monumental, l’importance de la mort comme principal facteur de la dislocation des familles. En reconstituant le récit de vie de ces femmes plus souvent qu’autrement inconnues, non seulement parvient-elle à rendre compte de leur individualité, mais elle fait voir comment celles-ci ont pu négocier et redessiner leurs rapports au patriarcat. Il en résulte une histoire féministe de la famille qui réitère l’importance des classes sociales, de la propriété et de l’argent et qui recompose avec précision et vivacité le cadre social et légal dans lequel celles-ci ont évolué.

Admirablement structuré et écrit avec souffle, cet ouvrage constitue une somme, et ce, à plusieurs égards. Il rassemble d’abord le fruit de patientes années de recherche sur l’histoire des femmes et de la famille. Lors de ses années de gestation et à travers toutes les modifications qu’il a subies, le projet a épousé l’évolution de l’histoire sociale au cours des dernières décennies. L’historienne, en effet, assimile avec une aisance déconcertante les perspectives de l’histoire féministe, les mutations récentes de l’histoire politique, l’approche biographique et les enjeux culturels associés aux études postcoloniales.

En réussissant le tour de force de présenter les femmes qu’elle étudie « comme des mariées et des veuves, comme des individus et des statistiques (p. 389) », Wife to Widow s’impose d’ores et déjà comme un modèle en histoire de l’Amérique française.

Ducharme_Michel
2011

Michel Ducharme

Le concept de liberté au Canada à l'époque des révolutions atlantiques, 1776-1838
McGill-Queen's University Press, 2010
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Craig_Beatrice
2010

Béatrice Craig

Backwoods Consumers and Homespun Capitalists. The Rise of a Market Culture in Eastern Canada
University of Toronto Press, 2009
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Le livre de Béatrice Craig sur l’économie et la société du Madawaska au XIXe siècle est une étude magistrale et originale, la somme de longues années de travail. Partant d’une région bien circonscrite à la frontière du Nouveau-Brunswick, du Maine et du Québec, l’auteure tire des conclusions qui peuvent s’appliquer de manière plus large aux sociétés rurales du nord-est de l’Amérique du Nord. Elle démontre ainsi toute la valeur des études de cas ciblées. En mettant l’accent sur la capacité d’agir des hommes et des femmes du Madawaska, qu’ils soient d’origine acadienne, bas-canadienne ou autre, l’étude vient souligner l’influence des dynamiques locales sur la croissance d’une culture de marché. Elle montre avec finesse que l’économie locale, fondée sur l’agriculture et l’exploitation forestière, est loin d’être tributaire des aléas du capitalisme commercial international. Adoptant avec justesse une définition élargie du marché qui s’étend à l’ensemble des activités d’échange des ménages, à la fois de production et de consommation, l’auteure expose de manière convaincante comment l’économie du Madawaska se transforme sous l’influence de réseaux d’échange complexes autant locaux et régionaux qu’internationaux, basés en bonne partie sur les réseaux personnels de sa population hétéroclite et sur l’initiative d’agriculteurs et d’entrepreneurs locaux. En même temps, l’étude évite la tentation de voir le développement économique uniquement en termes positifs en faisant bien ressortir les inégalités sociales et économiques importantes qui caractérisent cette microsociété. D’une grande rigueur scientifique, l’ouvrage conjugue une gamme impressionnante de sources avec des méthodes à la fois quantitatives et qualitatives et des échelles d’analyse qui vont de la biographie individuelle à la macroéconomie, le tout fondé sur une reconstitution exhaustive des familles, des propriétés et des productions des habitants de la région. En somme, l’ouvrage de Béatrice Craig nous apporte un éclairage précieux non seulement sur le Madawaska, mais également sur l’histoire de l’Amérique française dans son ensemble.
Dechene_Louise
2009

Louise Dechêne

Le Peuple, l'État et la guerre au Canada sous le Régime français
Éditions du Boréal, 2008
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Le prix Lionel-Groulx 2009 est décerné à titre posthume à l’historienne Louise Dechêne. Près de dix ans après son décès, son livre Le peuple, l’État et la guerre au Canada sous le Régime français, s’avère une nouvelle contribution majeure à l’historiographie du Régime français. En soi, la genèse de ce livre mérite d’être saluée. La parution de cet ouvrage, auquel elle aura consacré ses dernières énergies, constitue, aux dires même de ses enfants, sa dernière volonté. Grâce au travail d’Hélène Paré, Sylvie Dépatie, Catherine Desbarats et Thomas Wien, le livre que Louise Dechêne n’eut pas le temps de terminer a pu être publié en 2008.  Pour avoir mené à terme ce projet, ils méritent notre reconnaissance.

Dans ce livre posthume, Louise Dechêne conserve toute la verve qui caractérisait ses précédents ouvrages, dont Habitants et marchands de Montréal au 17e siècle. À nouveau, elle s’attaque à des mythes solidement ancrés dans l’historiographie comme dans l’imaginaire. Surtout, elle y poursuit la relecture des rapports entre les habitants de la Nouvelle-France et le pouvoir colonial, vaste programme à l’intérieur duquel s’inscrivait Le partage des subsistances au Canada sous le Régime français (prix Lionel-Groulx 1995). Cette fois, c’est à la sphère militaire qu’elle consacre cette étude, plus précisément aux miliciens canadiens, thème cher aux historiens de la Nouvelle-France. En faisant du peuple l’objet de son analyse, Louise Dechêne critique sévèrement la vision traditionnelle faisant des Canadiens de « féroces guerriers ». En réévaluant les qualités guerrières des Canadiens et le contexte du 18e siècle canadien, Louise Dechêne rend leur humanité et leur individualité à ces miliciens qui auraient peut-être préféré payer des impôts et être libérés du service militaire (chapitre 7). Au-delà de l’identité militaire, c’est l’identité canadienne elle-même que Louise Dechêne remet en question. Elle s’oppose à la vision de Canadiens conscients de leur canadianité – plus Canadiens que Français – à la veille de la Conquête.

Cette œuvre remet considérablement en cause notre compréhension de la société canadienne sous le Régime français. Elle soulève nombre de questions d’une grande pertinence et parfois subversives, pour citer Thomas Wien dans l’avant-propos de l’ouvrage. Il est d’ores et déjà possible d’affirmer que l’interprétation proposée par l’historienne dans son dernier livre ne laissera pas indifférent; déjà elle soulève débats et questionnements et contribuera sans aucun doute à dynamiser la recherche.

En primant cet ouvrage, l’Institut salue une dernière fois la contribution remarquable de Louise Dechêne à l’histoire de l’Amérique française.

Petitclerc_Martin
2008

Martin Petitclerc

« Nous protégeons l'infortune ». Les origines populaires de l'économie sociale au Québec
VLB éditeur, 2007
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L’ouvrage de Martin Petitclerc renouvelle la compréhension d’une des grandes questions de notre historiographie du XIXe siècle, soit la formation de la classe ouvrière. Il démontre avec minutie que la mutualité telle que vécue à travers l’Union Saint-Joseph et d’autres associations semblables a été le vecteur de la construction d’une culture associative qui a nécessité un long apprentissage et a transformé profondément les classes populaires au XIXe siècle. Cette culture d’entraide devint un acquis indispensable pour développer le syndicalisme. C’est sous cet angle que l’ouvrage fournit une contribution essentielle à l’histoire du mouvement ouvrier. Il éclaire également l’histoire de l’assurance-vie avec laquelle Martin Petitclerc compare les sociétés de secours mutuel. Celles-ci apparaissent sous leur vrai jour comme une forme d’entraide collective alors que la première, qui absorbe la plupart des sociétés de secours mutuel au début du XXe siècle, se présente comme « une forme d’épargne individuelle » en adéquation avec les valeurs libérales de l’époque.

Tout autant que par l’originalité de sa thèse et l’importance de son apport historiographique, Martin Petitclerc se distingue par son habileté à conjuguer dans son analyse les dimensions économiques, culturelles et sociales, par la maîtrise des subtilités des concepts qui balisent son questionnement et par une connaissance approfondie de l’historiographie occidentale qui lui permet de comparer et de mettre en évidence les singularités de son objet d’étude.

Fyson_Donald
2007

Donald Fyson

Magistrates, Police and People. Everyday Criminal Justice in Quebec and Lower Canada
University of Toronto Press / Osgoode Society for Canadian Legal History, 2006
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Dans cette étude magistrale du fonctionnement concret de la justice criminelle entre la Conquête et les Rébellions, Donald Fyson montre sa maîtrise de la littérature scientifique nord-américaine et britannique et sa connaissance approfondie des archives judiciaires. Non seulement se préoccupe-t-il des juges de paix qui administrent le système, il porte également attention à ceux et celles qui la subissent en intégrant les dimensions de genre, de classe sociale et d'appartenance ethnique. Il découvre un système qui n'est pas sclérosé et où les ruptures sont moins prononcées et les continuités plus nombreuses qu'on ne l'avait cru jusqu'à maintenant. Ses conclusions nuancées et pertinentes renouvellent notre compréhension de l'évolution de l'État colonial et surtout de ses manifestations en milieu rural. Sa réflexion théorique sur la manière d'aborder l'histoire des institutions judiciaires en fera une lecture incontournable non seulement pour les historiens du Québec mais pour l'historiographie occidentale. En faisant parler intelligemment les sources et par des exemples judicieusement choisis qui donnent vie à l'analyse scientifique, il rend la lecture à la fois stimulante et agréable.

Griffiths_Naomi
2006

Naomi E.S. Griffiths

From Migrant to Acadian. A North American Border People, 1604-1755
McGill-Queen's University Press, 2005
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L’ouvrage de Naomi Griffiths est une somme d’érudition qui vient couronner une longue carrière dévouée à l’histoire de l’Acadie d’avant la Déportation. Il constitue l’histoire narrative à son meilleur, analytique et solidement documentée, centrée sur une interprétation. La thèse avancée par l’auteure est celle de la construction de l’identité acadienne bien avant 1755. Selon Griffiths, cette identité s’élabore à partir du milieu du XVIIe siècle, s’affirme à la suite du Traité d’Utrecht et se renforce au cours des décennies suivantes. Pour l’historienne, l’Acadie se trouve au cœur d’un ensemble de relations à plusieurs niveaux. Elle constitue, bien sûr, un enjeu des guerres impériales qui opposent la France et l’Angleterre. Elle maintient aussi un commerce profitable avec la Nouvelle-Angleterre au sud et avec la Nouvelle-France au nord. Elle entretient également des relations étroites et soutenues avec la nation micmac voisine. Surtout, elle se fonde sur les relations familiales liant les Acadiens au sein de leurs communautés et reliant leurs villages entre eux, sur la concertation requise pour le maintien du système de digues qui font la prospérité acadienne et sur la formation d’une élite de fermiers et de commerçants prospères. C’est là l’originalité de Griffiths : elle reconstitue l’identité acadienne avant la Déportation et elle lui donne des assises au cœur même des villages, chez ces hommes et ces femmes qui ont décidé d’identifier leur communauté comme l’Acadie. L’ouvrage de Griffiths est un incontournable pour qui veut comprendre l’histoire acadienne.

Baillargeon_Denyse
2005

Denyse Baillargeon

Un Québec en mal d'enfants. La médicalisation de la maternité, 1910-1970
Éditions du remue-ménage, 2004
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Cette étude, désormais incontournable, porte sur la lutte des professionnels de la santé pour s'emparer du contrôle des fonctions reproductives des Québécoises et les réactions de celles-ci devant cette offensive.

Au début du 20e siècle, l’un des grands enjeux nationaux était la mortalité infantile qui décimait les nouvelles générations et mettait en péril l'avenir de la nation. La fautive : la mère québécoise qui négligeait de consulter un médecin pendant sa grossesse, qui ignorait les soins hygiéniques élémentaires à dispenser au nouveau né et qui refusait la vaccination et le sein ou, à défaut, le lait pasteurisé. Si des organismes caritatifs comme les gouttes de lait instaurés à Montréal au tout début du siècle, visant à procurer conseils et lait de qualité perdurèrent, ils sont rapidement évincés au profit d’organismes professionnels avec un personnel médical spécialisé notamment à l'instigation de la compagnie d'assurance Metropolitan Life qui envoyait des infirmières dans les domiciles pour donner des leçons d’hygiène et de soins. Les tentatives de l'État et des hygiénistes à son service, des médecins généralistes, des élites clérico-nationalistes à contrôler les comportements des mères et à les éduquer se heurtaient non seulement aux intérêts particuliers mais aussi à la pauvreté et à la résistance à des intrusions dans la vie privée des familles. Finalement, c'est le contrôle efficace de la fécondité (qui fera aussi l'objet d'une médicalisation au cours des années 1960) et l'amélioration du niveau de vie qui viendra à bout du fléau de la mortalité infantile.

Cette étude exemplaire qui allie des sources variées allant des rapports des médecins hygiénistes, aux documents éducatifs remis aux mères, les rapports annuels d'organismes, la presse quotidienne et féminine et des entrevues réalisées auprès de trois générations de mères pour donner la parole aux principales intéressées, tisse un portrait passionnant de la société et des rapports entre les sexes dans la première moitié du 20e siècle. Elle est également d'actualité à un moment ou des autorités internationales refusent d'accorder aux femmes le contrôle de leur reproduction en prônant l'abstinence et d'autres méthodes inefficaces de régulation des naissances qui condamnent des centaines de milliers d'enfants et de femmes à travers le monde.

Deslandres_Dominique
2004

Dominique Deslandres

Croire et faire croire. Les missions françaises au XVIIe siècle
Éditions Fayard, 2003
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Trente pages d’index, 21 pages de bibliographie sans compter les 20 pages de titres de manuels de mission, 83 pages de notes et références, mais surtout 448 pages bien tassées de contenu textuel, voilà l’enveloppe matérielle de cet ouvrage. Mais ces données chiffrées, aussi impressionnantes soient-elles,  n’offrent qu’un pâle reflet de la qualité de cet ouvrage.

Mais comment rendre compte adéquatement de cette magnifique publication qui vaut à son auteur le prix Lionel-Groulx – Fondation Yves-Saint-Germain? Les membres du jury en ont unanimement reconnu les qualités scientifiques exceptionnelles. À leurs yeux, il aurait été pertinent d’évoquer l’ampleur de la recherche et du questionnement. Ils n’auraient pas voulu passer sous silence la minutie et la rigueur de la démonstration. Enfin l’expression est non seulement précise, élégante et nuancée, elle emprunte différents niveaux de langue qui illustrent  le quotidien et le concret en plus d’explorer l’imaginaire et le sensible. En somme, par la richesse de son contenu, cet ouvrage aurait mérité l’appellation, malheureusement devenue cliché, d’ouvrage de référence incontournable.

Coates_Morgan
2003

Colin M. Coates et Cecilia Morgan

Heroines and History. Representations of Madeleine de Verchères and Laura Secord
University of Toronto Press, 2002
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Cet ouvrage est le fruit d’une fructueuse collaboration en histoire culturelle du Québec et du Canada. Deux héroïnes, Madeleine de Verchères et Laura Secord, sont ici réunies dans leurs représentations, leurs instrumentalisations et leur patrimonialisation. Dépassant les limites de la représentation, les auteurs situent la construction et les reconstructions successives des deux icônes dans les contextes changeants de l’histoire du Québec et du Canada. Pour ce faire, ils ont puisé dans une variété impressionnante de sources manuscrites, publiées et iconographiques, pour présenter un superbe exemple de récits successifs ou enchevêtrés, qui nous éclairent sur les rapports coloniaux et impériaux tout comme sur les rapports sociaux de sexe. Il faut louer leur choix des illustrations et leur style narratif qui rend si agréable la lecture de ce livre.

Carpin_Gervais
2002

Gervais Carpin

Le Réseau du Canada. Étude du mode migratoire de la France vers la Nouvelle-France (1628-1662)
Éditions du Septentrion / Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2001
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Gervais Carpin s’est mérité le Prix Lionel-Groulx pour son étude des mouvements migratoires de la France vers la Nouvelle-France entre 1628 et 1662. Il met finement en relief le rôle de Richelieu, de la Compagnie de la Nouvelle-France et des agents recruteurs pour venir ainsi compléter l’historiographie de l’immigration au XVIIe siècle. On retient son approche novatrice à partir du concept de réseau pour appréhender le processus migratoire des quelque 7000 départs qu’il a retracés. Les spécialistes en Nouvelle-France seront reconnaissants à Gervais Carpin d’avoir apporté un éclairage nouveau sur un sujet de grand intérêt.

Hubert_Ollivier
2001

Ollivier Hubert

Sur la terre comme au ciel. La gestion des rites par l'Église catholique du Québec (fin XVIIe-mi-XIXe siècle)
Presses de l'Université Laval, 2000
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Maniant l’analyse et la plume avec une égale grâce, Ollivier Hubert nous présente une étude fine, sur le long terme, de la mise en place, de la diffusion et des transformations des rites de l’Église catholique pendant plus d’un siècle.  S’appuyant sur un corpus impressionnant d’archives de paroisse, de correspondance entre curés et évêques, de mandements et d’imprimés, l’auteur étale la minutie et l’ampleur du travail symbolique accomplis par le rite religieux.  Sans indulgence, dans une neuvaine de chapitres, Ollivier Hubert exhausse notre connaissance des structures et des rythmes du rite religieux.

Nelles_Vivian
2000

H.V. Nelles

The Art of Nation-Building. Pageantry and Spectacle at Quebec's Tercentenary
University of Toronto Press, 1999
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Le gagnant du prix Lionel-Groulx – Fondation Yves-Saint-Germain s'amuse à démonter, pour le plus grand plaisir du lecteur, une commémoration riche en enseignements divers, celle de la fondation de Québec tenue en 1908. Sous la plume de cet historien, un sujet à première vue anecdotique finit par embrasser toute une époque. Shakespeare à l'appui, l'auteur opère une véritable mise en scène de ces Fêtes du tricentenaire, tout en répondant aux impératifs tant historiens que littéraires (voire anthropologiques, ajouterions-nous, devant les traces discrètes d'emprunts faits à cette discipline voisine). Sa description des préparatifs, du déroulement et de certaines suites de l'événement dénote une rare maîtrise de l'art du récit analytique. L'emblème de ce livre qui exploite à fond l'iconographie d'époque est sans conteste la vue panoramique – celle des hauteurs d'Abraham, où se déroulaient les parades et les spectacles historiques commémorant, finalement, davantage la fin du Régime français que ses débuts. Tour à tour, personnages et groupes se détachent de la masse pour donner un sens chaque fois différent à l'événement. Se construit ainsi une analyse à voix multiples. On objectera que certaines de ces voix sont mieux maîtrisées que d'autres, que le panorama présenté rapetisse tel ou tel groupe dont les préoccupations, vues d'une telle hauteur, perdent de leur netteté si ce n’est de leur bien-fondé. N'empêche: ce livre exhale l'imagination et l'érudition. En attendant la traduction que prépare actuellement Hélène Paré, c'est la version originale du livre de Henry Vivian Nelles qui reçoit le prix Lionel-Groulx – Fondation-Yves-Saint-Germain 2000: The Art of Nation-Building: Pageantry and Spectacle at Quebec's Tercentenary, paru aux Presses de l'Université de Toronto.

Groulx_Patrice
1999

Patrice Groulx

Pièges de la mémoire. Dollard des Ormeaux, les Amérindiens et nous
Éditions Vent d'Ouest, 1998
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Bouchard_Gerard
1997

Gérard Bouchard

Quelques arpents d'Amérique. Population, économie, famille au Saguenay, 1838-1971
Éditions du Boréal, 1997
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Courville_Robert_Seguin
1996

Serge Courville, Jean-Claude Robert et Normand Séguin

Le pays laurentien au XIXe siècle. Les morphologies de base
Presses de l'Université Laval, 1995
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Dechene_Louise_1995
1995

Louise Dechêne

Le partage des subsistances au Canada sous le Régime français
Éditions du Boréal, 1994
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Greer_Allan
1994

Allan Greer

The Patriots and the People. The Rebellion of 1837 in Rural Lower Canada
University of Toronto Press, 1993
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Linteau_Paul-Andre
1993

Paul-André Linteau

Histoire de Montréal depuis la Confédération
Éditions du Boréal, 1992
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Little_John_Irvine
1992

J.I. Little

Crofters and Habitants. Settler Society, Economy and Culture in a Quebec Township, 1848-1881
McGill-Queen's University Press, 1991
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Courville_Serge
1991

Serge Courville

Entre ville et campagne. L'essor du village dans les seigneuries du Bas-Canada
Presses de l'Université Laval, 1990
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Lemieux_Mercier
1990

Denise Lemieux et Lucie Mercier

Les femmes au tournant du siècle (1880-1940)
Institut québécois de recherche sur la culture, 1989
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Roy_Fernande
1989

Fernande Roy

Progrès, harmonie, liberté. Le libéralisme des milieux d'affaires francophones à Montréal au tournant du siècle
Éditions du Boréal, 1988
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Charbonneau_et_al
1988

Hubert Charbonneau, André Guillemette, Jacques Légaré et al.

Naissance d'une population. Les Français établis au Canada au XVIIe siècle
Presses de l'Université de Montréal, 1987
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Young_Brian_1987
1987

Brian Young

In Its Corporate Capacity. The Seminary of Montreal as a Business Institution, 1816-1876
McGill-Queen's University Press, 1986
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Delage_Denys
1986

Denys Delâge

Le pays renversé. Amérindiens et Européens en Amérique du Nord-Est, 1600-1664
Boréal Express, 1985
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Hardy_et_Seguin
1985

René Hardy et Normand Séguin

Forêt et société en Mauricie. La formation de la région de Trois-Rivières, 1830-1930
Boréal Express et Musée national de l'Homme, 1984
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1984

Christian Pouyez et Yolande Lavoie

Les Saguenayens. Introduction à l'histoire des populations du Saguenay, XVIe-XXe siècles
Presses de l'Université du Québec, 1983
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Résultat d’années de recherche, cet ouvrage qui constitue une heureuse rencontre entre la démographie historique et l’histoire régionale permet de suivre l’évolution et les transformations de la population de la région du Saguenay, depuis l’époque lointaine des Amérindiens jusqu’à nos jours. Le lecteur y découvrira entre autres choses comment s’est développée l’occupation du sol et quels ont été les comportements démographiques de la population de cette région (naissances, mariages, décès, etc.). Cet ouvrage magistral constitue une première au Québec dans ce domaine, et nul doute qu’il servira de modèle aux étudiants et chercheurs qui s’intéressent à l’histoire comparée de la population québécoise au niveau régional.
Outre les deux auteurs principaux, cet ouvrage a été réalisé avec la participation de Gérard Bouchard, Raymond Roy, Marc St-Hilaire et le regretté Jean-Paul Simard. La recherche a été réalisée en collaboration avec l’Université du Québec à Chicoutimi.

Jury

Louise Dechêne, Université McGill
André Lachance, Université de Sherbrooke
Fernand Harvey, Institut québécois de recherche sur la culture
1983

Nicole Thivierge

Histoire de l'enseignement ménager-familial au Québec, 1882-1970
Institut québécois de recherche sur la culture, 1982
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1982

Jacques Mathieu

Le commerce entre la Nouvelle-France et les Antilles au XVIIIe siècle
Fides, 1981
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Hardy_Rene
1981

René Hardy

Les zouaves. Une stratégie du clergé québécois au XIXe siècle
Boréal Express, 1980
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1980

Jacques Rouillard

Les syndicats nationaux au Québec de 1900 à 1930
Presses de l'Université Laval, 1979
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Gagnon_Serge
1979

Serge Gagnon

Le Québec et ses historiens de 1840 à 1920. La Nouvelle-France de Garneau à Groulx
Presses de l'Université Laval, 1978
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Le jury tiendra compte des trois critères suivants :
  • Originalité de la contribution à l’histoire de l’Amérique française
  • Qualité de la recherche et de la méthodologie
  •  Rigueur de la démarche intellectuelle
Règles d’admissibilité :
  1. L’expression « histoire de l’Amérique française » englobe l’histoire du Québec dans son intégralité ainsi que celle des populations francophones de l’Amérique du Nord.
  2. Ne sont éligibles que les œuvres originales (1re édition) publiées en français ou en anglais; dans le seul cas où une traduction française serait parue la même année que l’édition originale anglaise, la version française sera soumise au jury.
  3. Le copyright figurant dans l’ouvrage établit l’année de publication.
  4. Nombre d’auteur.e.s : aucune restriction.
  5. Lieu d’édition : aucune restriction.
  6. Ne sont pas admissibles : les actes d’un colloque, les éditions critiques, les dictionnaires, les encyclopédies, les anthologies, les répertoires et les inventaires.
  7. Tout ouvrage inscrit au concours du prix Lionel-Groulx est inscrit d’office aux autres concours de l’IHAF auxquels il est admissible cette année-là, sauf demande expresse au moment de l’inscription.
Règles d’inscription :

Les maisons d’édition ou les auteur.e.s qui désirent inscrire un ouvrage au concours du Grand Prix de l’IHAF doivent en faire parvenir quatre (4) exemplaires papier à l’Institut à l’adresse suivante au plus tard le 30 avril :

Institut d’histoire de l’Amérique française
Département d’histoire, Université de Montréal
C.P. 6128, succursale Centre-ville
Montréal QC H3C 3J7 Canada

Pour de plus amples renseignements, n’hésitez pas à communiquer avec la coordination de l’Institut : ihaf@ihaf.qc.ca