Lauréat.e 2012 pour le Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française
Bettina Bradbury
En reconstituant le récit de vie de ces femmes plus souvent qu’autrement inconnues, non seulement Bettina Bradbury parvient-elle à rendre compte de leur individualité, mais elle fait voir comment elles ont pu négocier et redessiner leurs rapports au patriarcat.
Wife to Widow. Lives, Laws, and Politics in Nineteenth-Century Montreal
UBC Press, 2011
Fiche de l'éditeurLes moments de transition sont souvent révélateurs d’une société. Wife to Widow en fait l’éloquente démonstration en s’attardant aux parcours de deux générations de Montréalaises mariées dans les décennies 1820 et 1840 et devenues veuves par la suite. L’auteure, Bettina Bradbury, nous rappelle ici, à travers un ouvrage monumental, l’importance de la mort comme principal facteur de la dislocation des familles. En reconstituant le récit de vie de ces femmes plus souvent qu’autrement inconnues, non seulement parvient-elle à rendre compte de leur individualité, mais elle fait voir comment celles-ci ont pu négocier et redessiner leurs rapports au patriarcat. Il en résulte une histoire féministe de la famille qui réitère l’importance des classes sociales, de la propriété et de l’argent et qui recompose avec précision et vivacité le cadre social et légal dans lequel celles-ci ont évolué.
Admirablement structuré et écrit avec souffle, cet ouvrage constitue une somme, et ce, à plusieurs égards. Il rassemble d’abord le fruit de patientes années de recherche sur l’histoire des femmes et de la famille. Lors de ses années de gestation et à travers toutes les modifications qu’il a subies, le projet a épousé l’évolution de l’histoire sociale au cours des dernières décennies. L’historienne, en effet, assimile avec une aisance déconcertante les perspectives de l’histoire féministe, les mutations récentes de l’histoire politique, l’approche biographique et les enjeux culturels associés aux études postcoloniales.
En réussissant le tour de force de présenter les femmes qu’elle étudie « comme des mariées et des veuves, comme des individus et des statistiques (p. 389) », Wife to Widow s’impose d’ores et déjà comme un modèle en histoire de l’Amérique française.