Lauréat.e 2017 pour le Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française
Gilles Havard
Il est dans l’histoire des figures marginales dont la richesse symbolique a permis l’élévation dans l’ordre de la légende. Le […]
Histoire des coureurs de bois. Amérique du Nord, 1600-1840
Les Indes savantes, 2016
Fiche de l'éditeurIl est dans l’histoire des figures marginales dont la richesse symbolique a permis l’élévation dans l’ordre de la légende. Le coureur de bois occupa ainsi longtemps une place prééminente dans la mémoire canadienne-française et québécoise, incarnant complaisamment les vertus prétendument aventurières d’un peuple concomitamment décrit dans les mots de l’enracinement. Il fallait un grand livre pour arracher un tel personnage à la caricature du mythe. Ce grand livre, Gilles Havard l’offre à la communauté scientifique avec son Histoire des coureurs de bois. Amérique du Nord, 1600-1840, auquel l’Institut d’histoire de l’Amérique française décerne cette année son prix le plus prestigieux.
Se fondant sur la maîtrise d’un imposant matériel documentaire et de multiples historiographies, l’auteur propose une ambitieuse réinterprétation du sujet. Par le jeu d’un regard comparatif constamment exercé entre des contextes dispersés, sur une période couvrant près de deux siècles et demi et à l’intérieur d’espaces autochtones et impériaux aussi vastes que contrastés, il parvient à redonner à des vies singulières leur pleine complexité. Coureurs, chasseurs et voyageurs retrouvent une vérité que leur avaient déniée les idéologies étatiques normalisatrices comme les analyses historiques surplombantes.
Plus qu’un simple rouage économique dans l’exploitation de la fourrure, le coureur des bois de Gilles Havard est un homme qui engage son existence à la frontière des mondes européens et autochtones, assurant de son nomadisme leur interconnexion. Il y invente une identité professionnelle et, peut-être surtout, une expression originale de la virilité. Cette culture juvénile de la circulation alimente particulièrement l’imaginaire des populations de colons dont les coureurs sont issus et vers lesquelles ils retournent le plus souvent. Dans la Prairie, toutefois, certains d’entre eux inventent avec leurs compagnes autochtones de petites communautés métisses, à distance des pesanteurs de leurs sociétés d’origines respectives, qui s’enfoncent progressivement dans la racialisation.
La recherche de Gilles Havard, rendue dans une prose limpide, s’impose par son envergure théorique et son érudition. Elle inscrit l’Amérique française au cœur des grandes problématiques qui alimentent l’histoire critique des mondes impériaux et coloniaux.
Jury des prix de l’IHAF 2017
Béatrice Craig, Université d’Ottawa
Michel Ducharme, Université de la Colombie-Britannique
Ollivier Hubert, Université de Montréal