Lauréat.e 2019 pour le Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française
Christopher M. Parsons
Dans cet ouvrage, Christopher Parsons nous livre une étude novatrice et ingénieuse sur la construction sociale des connaissances scientifiques portant sur la Nouvelle-France. L’auteur y explore les chevauchements et les tensions au sein de différentes polarités spatiales et conceptuelles : le colonial et le métropolitain, la nature et l’artefact, le « sauvage » et le cultivé. Il examine ce que Thomas Kuhn a décrit comme « la tension essentielle » entre les cadres intellectuels existants définissant la rigueur et l’intelligibilité, ce qui lui permet de cerner l’émergence de nouvelles observations et de nouvelles connaissances issues du domaine colonial.
A Not-So-New World. Empire and Environment in French Colonial North America
University of Pennsylvania Press, 2018
Fiche de l'éditeurS’il est vrai que la connaissance de la Nouvelle-France n’a pas eu l’effet escompté sur le développement des sciences naturelles, comme le déplorait déjà le jésuite Joseph-François Lafitau au début du XVIIIe siècle, il est étonnant que le sujet ait suscité si peu d’intérêt jusqu’à la publication de A-Not-So-New World. Dans cet ouvrage, Christopher Parsons nous livre une étude novatrice et ingénieuse sur la construction sociale des connaissances scientifiques portant sur la Nouvelle-France.
L’auteur y explore les chevauchements et les tensions au sein de différentes polarités spatiales et conceptuelles : le colonial et le métropolitain, la nature et l’artefact, le « sauvage » et le cultivé. Il examine ce que Thomas Kuhn a décrit comme « la tension essentielle » entre les cadres intellectuels existants définissant la rigueur et l’intelligibilité, ce qui lui permet de cerner l’émergence de nouvelles observations et de nouvelles connaissances issues du domaine colonial. Pour les savants formés en France, la Nouvelle-France semblait étrangement familière. Ce qu’ils observaient était interprété comme de légères variations des normes françaises. L’auteur montre que ce raisonnement était erroné. Si la France et la Nouvelle-France ont bien partagé des espèces avant la dérive des continents, ces espèces ont considérablement évolué au fil du temps en fonction de conditions climatiques et de contextes géographiques très différents. Parsons produit ainsi une analyse brillante du fonctionnement de la science moderne à ses débuts, en montrant comment le réseau de connaissances et de relations, centré sur Paris, catalyse les expériences coloniales en connaissances métropolitaines. Il aura fallu beaucoup de temps et de nombreuses expériences infructueuses aux savants français pour qu’ils identifient une flore et une faune véritablement indigènes – et avant qu’ils ne reconnaissent des compétences aux Autochtones en matière de culture du sol.
Le jury a grandement apprécié la manière avec laquelle l’auteur démontre comment le processus de modernisation scientifique a efficacement dissimulé le savoir autochtone expert, et en particulier celui des femmes autochtones. Il permet du même souffle au lecteur de constater que Lafitau lui-même commence à prendre conscience de ce problème et à reconnaître que le privilège épistémologique « scientifique » avait des coûts et des avantages. L’ouvrage de Parsons jette en bout de ligne un éclairage novateur sur les liens qui unissent les mécanismes du colonialisme intellectuel et ceux de la politique française en Amérique du Nord. Les membres du jury saluent cet ouvrage, qui représente une importante contribution à l’histoire des sciences en Amérique française.