Lauréat.e 2020 pour le Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française
Cécile Vidal
Sous la plume de Cécile Vidal, le lecteur découvre une Nouvelle-Orléans socialement très complexe – en phase avec la « normalité » des villes frontières du XVIIIe siècle. L’auteure reconstitue ce monde grouillant à partir des concepts à la fois de classe, de race et de genre, ainsi que des statuts socioprofessionnels des groupes de diverses origines. Elle utilise des sources juridiques qui révèlent comment les gens se représentaient dans leurs relations et dans leurs choix intimes, domestiques et publics.
Caribbean New Orleans. Empire, Race, and the Making of a Slave Society
University of North Carolina Press, 2019
Fiche de l'éditeurVoici une réalisation extraordinaire, une monographie riche et dense qui témoigne d’une maîtrise phénoménale des archives et de l’historiographie sur le colonialisme franco-américain. Sous la plume de Cécile Vidal, le lecteur découvre une Nouvelle-Orléans socialement très complexe – en phase avec la « normalité » des villes frontières du XVIIIe siècle. L’auteure reconstitue ce monde grouillant à partir des concepts à la fois de classe, de race et de genre, ainsi que des statuts socioprofessionnels des groupes de diverses origines. Elle utilise des sources juridiques qui révèlent comment les gens se représentaient dans leurs relations et dans leurs choix intimes, domestiques et publics. Le lecteur pénètre ainsi au cœur d’une société magnifiquement révélée comme « intégrative, mais fondamentalement hiérarchisée » (p. 430). Vidal décrit notamment, avec des nuances fascinantes, la création et la signification de la société esclavagiste. Elle explore aussi les liens entre soldats et esclaves – qui s’enfuit avec qui, qui épouse qui, qui ne peut pas se marier – et met en relief un métissage qui ne reflète pas tant l’ouverture raciale mais la fermeture et la domination. L’auteure rend enfin intelligible le désir universel d’embrasser le commerce. Tous ces points d’analyse, à la fois remarquablement intimes et si difficiles à cerner et à comprendre, permettent ici de mettre au jour à la fois de nouveaux faits et des identités sophistiquées et nuancées. Le portrait plus large de la Nouvelle-Orléans en tant que ville incrustée dans le monde des Caraïbes, caractérisée par la racialisation croissante des relations, du commerce, du travail et de la punition, constitue une avancée significative de notre compréhension de cet univers – et de ses dettes envers une certaine Amérique spécifiquement française.