Lauréat.e 2005 pour le Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

Denyse Baillargeon

Au début du 20e siècle, l’un des grands enjeux nationaux était la mortalité infantile qui décimait les nouvelles générations et mettait en péril l’avenir de la nation. La fautive : la mère québécoise qui négligeait de consulter un médecin pendant sa grossesse, qui ignorait les soins hygiéniques élémentaires à dispenser au nouveau né et qui refusait la vaccination et le sein ou, à défaut, le lait pasteurisé. Si des organismes caritatifs comme les gouttes de lait instaurés à Montréal au tout début du siècle, visant à procurer conseils et lait de qualité perdurèrent, ils sont rapidement évincés au profit d’organismes professionnels avec un personnel médical spécialisé.

Un Québec en mal d'enfants. La médicalisation de la maternité, 1910-1970

Éditions du remue-ménage, 2004
Fiche de l'éditeur

Cette étude, désormais incontournable, porte sur la lutte des professionnels de la santé pour s’emparer du contrôle des fonctions reproductives des Québécoises et les réactions de celles-ci devant cette offensive.

Au début du 20e siècle, l’un des grands enjeux nationaux était la mortalité infantile qui décimait les nouvelles générations et mettait en péril l’avenir de la nation. La fautive : la mère québécoise qui négligeait de consulter un médecin pendant sa grossesse, qui ignorait les soins hygiéniques élémentaires à dispenser au nouveau né et qui refusait la vaccination et le sein ou, à défaut, le lait pasteurisé. Si des organismes caritatifs comme les gouttes de lait instaurés à Montréal au tout début du siècle, visant à procurer conseils et lait de qualité perdurèrent, ils sont rapidement évincés au profit d’organismes professionnels avec un personnel médical spécialisé notamment à l’instigation de la compagnie d’assurance Metropolitan Life qui envoyait des infirmières dans les domiciles pour donner des leçons d’hygiène et de soins. Les tentatives de l’État et des hygiénistes à son service, des médecins généralistes, des élites clérico-nationalistes à contrôler les comportements des mères et à les éduquer se heurtaient non seulement aux intérêts particuliers mais aussi à la pauvreté et à la résistance à des intrusions dans la vie privée des familles. Finalement, c’est le contrôle efficace de la fécondité (qui fera aussi l’objet d’une médicalisation au cours des années 1960) et l’amélioration du niveau de vie qui viendra à bout du fléau de la mortalité infantile.

Cette étude exemplaire qui allie des sources variées allant des rapports des médecins hygiénistes, aux documents éducatifs remis aux mères, les rapports annuels d’organismes, la presse quotidienne et féminine et des entrevues réalisées auprès de trois générations de mères pour donner la parole aux principales intéressées, tisse un portrait passionnant de la société et des rapports entre les sexes dans la première moitié du 20e siècle. Elle est également d’actualité à un moment ou des autorités internationales refusent d’accorder aux femmes le contrôle de leur reproduction en prônant l’abstinence et d’autres méthodes inefficaces de régulation des naissances qui condamnent des centaines de milliers d’enfants et de femmes à travers le monde.