Lauréat.e 2022 pour le Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française
Catherine Larochelle
Le racisme s’apprend – et il s’apprend à l’école. C’est le point de départ de Catherine Larochelle dans son étude novatrice et stimulante de la société québécoise et de ses rapports à l’Autre de 1830 à 1915. L’école du racisme propose une analyse fine des matières et des approches pédagogiques et souligne la contribution de l’apprentissage formel aux stéréotypes et préjugés étayant le colonialisme et la hiérarchisation raciale au Québec.
L'école du racisme. La construction de l'altérité à l'école québécoise (1830-1915)
Presses de l'Université de Montréal, 2021
Fiche de l'éditeurLe racisme s’apprend – et il s’apprend à l’école. C’est le point de départ de Catherine Larochelle dans son étude novatrice et stimulante de la société québécoise et de ses rapports à l’Autre de 1830 à 1915. L’école du racisme propose une analyse fine des matières et des approches pédagogiques et souligne la contribution de l’apprentissage formel aux stéréotypes et préjugés étayant le colonialisme et la hiérarchisation raciale au Québec. Cette thèse émerge des réponses aux nombreuses questions que Larochelle pose. Quelles sont les représentations de l’Autre proposées aux élèves québécois des 19e et 20e siècles ? Comment ces représentations alimentent-elles l’identité nationale en voie de construction ? Quels courants idéologiques ont influencé les travaux des pédagogues canadiens et quels stéréotypes se sont ainsi trouvés diffusés à l’ensemble de la population enfantine de la province ?
Afin d’y répondre, Larochelle parcourt de nombreuses sources de nature variée. Les manuels scolaires occupent une place de choix. Si l’autrice se concentre surtout sur les manuels d’histoire et de géographie, vecteurs privilégiés des représentations de l’altérité, elle analyse également d’autres matières. L’enseignement de l’écriture, de la grammaire et de la syntaxe contribuent aussi à la banalisation des stéréotypes raciaux tout comme les revues pédagogiques, les journaux à grand tirage et la correspondance des écoles et des inspecteurs. L’attention que porte l’autrice aux devoirs d’étudiants constitue une contribution particulièrement novatrice, dont l’analyse révèle comment les idées racistes prennent racine dans les esprits d’enfants d’âge scolaire. Au fil de sa démonstration, L’école du racisme fait dialoguer de façon habile sources et études, afin de souligner non seulement le caractère particulier du cas québécois, mais aussi les divers points de rencontre entre le Québec, le Canada anglais, les États-Unis et l’« Occident ». C’est sur ce dernier point que l’intervention de Larochelle est particulièrement efficace : elle révèle de façon frappante les influences qu’ont eues l’un sur l’autre les discours anglophone et francophone sur l’altérité. De cette façon, elle « réévalue, à la baisse, la portée des différences habituellement associées aux identités canadiennes blanches » (p. 13).
Le jury a grandement apprécié la nature contestatrice de L’école du racisme. En évitant sciemment de reconduire l’opposition habituelle des « deux solitudes », Catherine Larochelle propose une lecture de l’histoire québécoise originale, participant pleinement à la construction de l’altérité racisée et dépréciée qui emporte toutes les sociétés occidentales. Larochelle nous montre que le racisme au Québec pendant le long 19e siècle n’est pas un défaut individuel chez des personnes mal instruites, mais plutôt le résultat d’un système scolaire dont la mission est en partie de l’enseigner. Ce faisant, ce livre nous ouvre des champs négligés par l’histoire de l’Amérique française, des champs que l’on espère voir bientôt investis par d’autres.