Lauréat.e 2009 pour le Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

Louise Dechêne

Dans ce livre posthume, Louise Dechêne conserve toute la verve qui caractérisait ses précédents ouvrages, dont Habitants et marchands de Montréal au 17e siècle. À nouveau, elle s’attaque à des mythes solidement ancrés dans l’historiographie comme dans l’imaginaire. Cette fois, c’est à la sphère militaire qu’elle consacre cette étude, plus précisément aux miliciens canadiens, thème cher aux historiens de la Nouvelle-France.

Le Peuple, l'État et la guerre au Canada sous le Régime français

Éditions du Boréal, 2008
Fiche de l'éditeur

Le prix Lionel-Groulx 2009 est décerné à titre posthume à l’historienne Louise Dechêne. Près de dix ans après son décès, son livre Le peuple, l’État et la guerre au Canada sous le Régime français, s’avère une nouvelle contribution majeure à l’historiographie du Régime français. En soi, la genèse de ce livre mérite d’être saluée. La parution de cet ouvrage, auquel elle aura consacré ses dernières énergies, constitue, aux dires même de ses enfants, sa dernière volonté. Grâce au travail d’Hélène Paré, Sylvie Dépatie, Catherine Desbarats et Thomas Wien, le livre que Louise Dechêne n’eut pas le temps de terminer a pu être publié en 2008.  Pour avoir mené à terme ce projet, ils méritent notre reconnaissance.

Dans ce livre posthume, Louise Dechêne conserve toute la verve qui caractérisait ses précédents ouvrages, dont Habitants et marchands de Montréal au 17e siècle. À nouveau, elle s’attaque à des mythes solidement ancrés dans l’historiographie comme dans l’imaginaire. Surtout, elle y poursuit la relecture des rapports entre les habitants de la Nouvelle-France et le pouvoir colonial, vaste programme à l’intérieur duquel s’inscrivait Le partage des subsistances au Canada sous le Régime français (prix Lionel-Groulx 1995). Cette fois, c’est à la sphère militaire qu’elle consacre cette étude, plus précisément aux miliciens canadiens, thème cher aux historiens de la Nouvelle-France. En faisant du peuple l’objet de son analyse, Louise Dechêne critique sévèrement la vision traditionnelle faisant des Canadiens de « féroces guerriers ». En réévaluant les qualités guerrières des Canadiens et le contexte du 18e siècle canadien, Louise Dechêne rend leur humanité et leur individualité à ces miliciens qui auraient peut-être préféré payer des impôts et être libérés du service militaire (chapitre 7). Au-delà de l’identité militaire, c’est l’identité canadienne elle-même que Louise Dechêne remet en question. Elle s’oppose à la vision de Canadiens conscients de leur canadianité – plus Canadiens que Français – à la veille de la Conquête.

Cette œuvre remet considérablement en cause notre compréhension de la société canadienne sous le Régime français. Elle soulève nombre de questions d’une grande pertinence et parfois subversives, pour citer Thomas Wien dans l’avant-propos de l’ouvrage. Il est d’ores et déjà possible d’affirmer que l’interprétation proposée par l’historienne dans son dernier livre ne laissera pas indifférent; déjà elle soulève débats et questionnements et contribuera sans aucun doute à dynamiser la recherche.

En primant cet ouvrage, l’Institut salue une dernière fois la contribution remarquable de Louise Dechêne à l’histoire de l’Amérique française.