Le Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française 2025 a été décerné le vendredi 24 octobre à Gregory M.W. Kennedy, professeur à l’Université Brandon (Manitoba), pour son ouvrage Lost in the Crowd. Acadian Soldiers of Canada’s First World War (McGill-Queen’s University Press, 2024).
Les presses universitaires McGill-Queens réalisent cette année un «tour du chapeau», raflant les deux autres prix du livre décernés par l’Institut lors de son congrès annuel. Colin M. Coates a reçu le Prix de l’Assemblée nationale (en histoire politique) pour Political Culture in Louis XIV’s Canada. Majesty, Ritual, and Rhetoric. Et Janice Harvey a reçu le prix Paul-André Linteau (sur l’histoire de Montréal), décerné pour la première fois cette année, pour Their Benevolent Design. Conservative Women and Protestant Child Charities in Montreal.
Dans son éloge du livre de Gregory Kennedy, le jury salue «une lecture renouvelée et profondément humaine de la Première Guerre mondiale [qui] redonne vie aux parcours oubliés des soldats acadiens ayant participé à l’effort de guerre, offrant ainsi un récit plus riche non seulement de cet événement majeur, mais aussi de l’histoire acadienne». «Alors que l’historiographie a plutôt insisté sur le manque d’engagement des francophones durant les guerres mondiales, Lost in the Crowd offre une autre perspective : les Acadiens étaient tout aussi volontaires pour s’enrôler que leurs pairs anglophones, un engagement en partie stratégique pour accroître leur légitimité dans l’espace canadien.»
Dans Political Culture in Louis XIV’s Canada, Colin Coates explique comment la monarchie française parvient à asseoir la légitimité de son autorité en Nouvelle-France bien que la colonie se trouve fort éloignée de la métropole et en territoire autochtone. Selon le jury, l’auteur se base sur «une variété impressionnante de sources (y compris l’architecture, la peinture, la sculpture, la monnaie, les médailles et les cartes géographiques) pour montrer que la monarchie est parvenue à ses fins grâce à l’émergence d’une culture politique coloniale distincte».
Première lauréate du nouveau prix Paul-André-Linteau, financé par la Fondation Pointe-à-Callière, Janice Harvey lève le voile sur «l’univers encore mal connu des œuvres caritatives protestantes ayant vu le jour à Montréal au 19e siècle». Elle analyse «les travaux et les jours du Protestant Orphan Asylum (1822-1946) et de la Ladies Benevolent Society (1832-1946), deux associations féminines qui évoluent sous le regard plutôt distant des hommes». Le jury a tenu à féliciter l’autrice pour «l’apport original, sensible et rigoureux d’un ouvrage qui enrichit grandement notre compréhension de l’histoire de Montréal».
Par ailleurs, le prix Louise-Dechêne, qui récompense tous les deux ans la meilleure thèse de doctorat en français ou en anglais sur l’histoire de l’Amérique française, a été remis par la sénatrice Julie Miville-Dechêne à Clarence Hatton-Proulx pour «Une histoire sociale et matérielle des transitions énergétiques urbaines. Le cas de Montréal, 1945-1980», thèse soutenue en 2023 à l’INRS Centre Urbanisation, Culture et Société (cotutelle Sorbonne Université). Selon le jury, «la thèse de Clarence Hatton-Proulx témoigne d’une originalité et d’une audace remarquables dans l’étude de l’histoire de l’énergie en Amérique française. L’auteur transcende l’histoire locale pour mettre à profit le cas de la métropole québécoise comme laboratoire d’analyse des inégalités sociales liées aux transformations énergétiques.»
Enfin, le prix Paul-André Linteau possède également un volet article. La lauréate est Anaël Marrec, autrice de «Du biogaz en héritage. Mobilisations autour d’un “gisement” d’énergie dans une décharge urbaine (Montréal, 1986-2009)», paru dans la Revue d’histoire urbaine.
Les prix de l’IHAF sont décernés à l’occasion du congrès annuel de l’Institut d’histoire de l’Amérique française, qui se tenait cette année à Joliette, où l’Université du Québec à Trois-Rivières possède un campus satellite. Le jury des prix du livre était composé des historien.ne.s Valérie Lapointe-Gagnon (Université de l’Alberta), Michel Ducharme (Université de la Colombie-Britannique) et Jean-Philippe Garneau (UQAM). Le jury des prix de la recherche, qui s’occupe des articles et des thèses, était composé pour sa part de Sébastien Brodeur-Girard (UQAT), Maude-Flamand-Hubert (Université Laval) et Marie-Claude Thifault (Université d’Ottawa).