Lauréat.e 2006 pour le Prix de la Revue d’histoire de l’Amérique française

Sylvie Taschereau

À partir des archives d’associations juives et celles des institutions provinciales impliquées dans l’affaire, cette analyse des activités fondatrices de la Hebrew Free Loan Association of Montreal est conduite avec rigueur et subtilité. L’article aborde le domaine des représentations et celui de l’action dans la vie publique, pour expliquer les difficultés exceptionnelles que la société de prêt a rencontrées dans l’obtention de sa reconnaissance légale.

Échapper à Shylock : la Hebrew Free Loan Association of Montreal entre antisémitisme et intégration, 1911-1913

Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 59, no. 4, 2006
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À partir des archives d’associations juives et celles des institutions provinciales impliquées dans l’affaire, cette analyse des activités fondatrices de la Hebrew Free Loan Association of Montreal est conduite avec rigueur et subtilité. L’article aborde le domaine des représentations et celui de l’action dans la vie publique, pour expliquer les difficultés exceptionnelles que la société de prêt a rencontrées dans l’obtention de sa reconnaissance légale.
L’interprétation des documents associatifs est faite au moyen d’une littérature secondaire bien choisie, d’envergure internationale lorsque le contexte le requiert, et de concepts utiles tels celui d’ «identité sociale», de représentation, de «présentation de soi» et d’appartenance ethnique.
L’engagement entre ces deux cultures politiques fait apparaître des préjugés multiples, au sein des gouvernants de la province, aux références variées, profondes et répandues, en particulier autour de l’image du Juif usurier. Ce cas présente une communauté juive aux motivations complexes, changeante et dynamique, traversée par des tensions de classe et d’appartenance ethnique. Il est replacé dans les contextes des traditions juives d’entraide, des réseaux mutuels propres à plusieurs minorités nord-américaines, et de l’histoire des stratégies d’intégration des Juifs du Canada.
L’auteure plaide pour une histoire des hostilités qui soit menée en concurrence avec celle des échanges. Elle peut ainsi montrer comment les fondateurs de l’association ont cherché à établir leur légitimité auprès du public montréalais, et comment ils ont utilisé, prudemment il est vrai, le langage de la citoyenneté commune pour y arriver. Ce faisant, elle retrace les possibilités d’alliance au sein des élites et des professions de toutes provenances ethniques, autour des notions de charité et de responsabilité individuelle.
Cette histoire représente un épisode de la transformation de deux mondes en contact mutuel, au cours duquel il nous est donné d’observer la «recomposition» de la communauté juive et les glissements des attitudes des chrétiens montréalais. Avant tout, elle convainc de l’importance d’étudier la variété des relations que la société juive a entretenues avec la société québécoise et canadienne.