Volume 73, numéro 1-2, été-automne 2019
Lauréat.e 2020 pour le Prix de la Revue d’histoire de l’Amérique française

Nicole St-Onge

Dans un article remarquable pour son originalité, sa rigueur et son élégance, Nicole St-Onge rend visible les « paysages familiaux » qui structurent le monde franco-anichinabé de la traite des fourrures de la partie ouest des Grands Lacs pendant près d’un demi-siècle. En prenant pour point d’observation privilégié le poste de La Pointe sur l’île Madeline au lac Supérieur, l’auteure trace le portrait de quatre familles fondées par des commerçants canadiens-français de la fourrure et met au jour les denses réseaux de parenté, réelle et symbolique, tissés par ces hommes et leurs épouses anichinabées sur plusieurs générations.

Le poste de La Pointe sur l'île Madeline, tremplin vers le monde franco-anichinabé de la traite des fourrures

Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 73, no 1-2, 2019
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Dans un article remarquable pour son originalité, sa rigueur et son élégance, Nicole St-Onge rend visible les « paysages familiaux » qui structurent le monde franco-anichinabé de la traite des fourrures de la partie ouest des Grands Lacs pendant près d’un demi-siècle. Cette cartographie s’appuie sur les archives de l’état civil catholique et celles des principales compagnies exploitant le commerce des pelleteries dans le bassin versant du Saint-Laurent et des Grands Lacs, croisées avec une vaste base de données regroupant plus de 21 000 contrats d’engagements de voyageurs signés à Montréal. En prenant pour point d’observation privilégié le poste de La Pointe sur l’île Madeline au lac Supérieur, l’auteure trace le portrait de quatre familles fondées par des commerçants canadiens-français de la fourrure et met au jour les denses réseaux de parenté, réelle et symbolique, tissés par ces hommes et leurs épouses anichinabées sur plusieurs générations. La reconstitution de ces grappes familiales franco-anichinabées révèle leur forte mobilité géographique au sein de la grande région à l’étude, une mobilité qui témoigne à la fois de la participation des hommes à la traite et de l’ancrage territorial de la communauté anichinabée. Au terme de cette analyse étoffée, pourtant qualifiée de composante initiale d’un vaste projet de recherche, Mme St-Onge insiste sur la spécificité de la communauté étudiée et formule l’hypothèse que cette dernière n’est pas métisse de la même manière que la nation michief du bassin de la baie d’Hudson. Au contraire, cette population franco-anichinabée catholique de la fourrure appartiendrait à deux mondes, entretenant des relations pérennes avec leur parenté de la vallée laurentienne et fortement intégrée dans un réseau centré sur les Anichinabés des Grands Lacs. Une double appartenance qui sera ébranlée par la fin de l’économie de la fourrure centrée sur Montréal. Le jury félicite Mme St-Onge pour une étude d’une grande richesse et des hypothèses des plus stimulantes et novatrices.