Lauréat.e 2020 pour le Prix de l’Assemblée nationale du Québec
Max Hamon
Il n’est jamais aisé de revisiter un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. À ce titre, le pari endossé par Max Hamon contenait une part supplémentaire de risque, dans la mesure où le personnage de Louis Riel demeure encore aujourd’hui un objet polémique du récit historique canadien. Le résultat net est à la hauteur du pari : l’auteur livre une étude audacieuse et convaincante du parcours de Riel, qui lui permet de tracer un portrait novateur des tribulations politiques entourant la naissance de l’État canadien moderne.
The Audacity of His Enterprise. Louis Riel and the Métis Nation That Canada Never Was, 1840-1875
McGill-Queen's University Press, 2019
Fiche de l'éditeurIl n’est jamais aisé de revisiter un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. À ce titre, le pari endossé par Max Hamon contenait une part supplémentaire de risque, dans la mesure où le personnage de Louis Riel demeure encore aujourd’hui un objet polémique du récit historique canadien. Le résultat net est à la hauteur du pari : l’auteur livre une étude audacieuse et convaincante du parcours de Riel, qui lui permet de tracer un portrait novateur des tribulations politiques entourant la naissance de l’État canadien moderne. La réussite de Max Hamon s’explique d’abord par un tour de force historiographique : il dégage son personnage des ornières téléologiques du grand récit national, prenant le contrepied des producteurs de récits de toutes allégeances. À ceux qui réduisent Riel à un caillou dans la construction de l’État libéral, l’auteur rappelle qu’il est un acteur de premier plan de cette entreprise ; aux autres qui le posent en martyr ou comme dernier rempart contre la marche des « industriels financiers de l’Est », il répond qu’on ne peut limiter le personnage à un rebelle. Sa démonstration, qui s’appuie sur un assemblage de sources étendu, offre au premier chef de nouvelles perspectives sur l’environnement idéologique du milieu du XIXe siècle. Son récit met en relief les réseaux intellectuels qui ont construit Riel, en dépoussiérant notamment de manière surprenante l’époque de sa formation dans la région montréalaise. Le cœur de l’enquête permet de repousser les limites de la compréhension des enjeux identitaires et territoriaux touchant à la fois les portions ouest et est du Canada en devenir ; la définition des frontières elles-mêmes apparait alors accessoire ou impertinente. L’analyse des replis de la pensée de Riel fait émerger d’autres conceptions du territoire et des groupes qui s’y entrechoquent et collaborent. De nouveaux espaces de possibles se dégagent. Le politicien remplace bientôt la figure du rebelle ; l’intellectuel prend le pas sur le Métis. Et le Canada, soudain, devient un projet inachevé, en friche, à penser… Et c’est à ce moment que l’auteur trace un trait tout aussi audacieux que le personnage qu’il ausculte : il freine son récit en 1875 – plutôt qu’au moment de sa pendaison en 1885 –, manière habile de bien marquer le changement de paradigme dans l’interprétation de l’astre Riel dans le ciel historiographique canadien. Le jury salue la volonté de l’auteur de renouveler la compréhension d’un épisode clé de l’histoire canadienne, et le soin méticuleux avec lequel il offre un nouveau cadre interprétatif pour son objet. Les propositions de l’ouvrage de Max Hamon sont innovantes en ce qu’elles font réfléchir à la définition et la nature de lieux communs, d’espaces, d’institutions et de représentations qui structurent notre culture politique collective.