Lauréat.e 2021 pour le Prix Louise-Dechêne

Michael J. Davis

Michael J. Davis est lauréat du prix Louise-Dechêne pour l’année 2021 avec sa thèse : « Brothers in Arms » : The Le Moyne Family and the Atlantic World, 1685-1745.

« Brothers in Arms » : The Le Moyne Family and the Atlantic World, 1695-1745

Université McGill, 2020
Fiche de l'éditeur

Avec sa thèse intitulée « « Brothers in Arms » »: The Le Moyne Family and the Atlantic World, 1685-1745 », Michael J. Davis propose un programme audacieux : rendre compte d’une partie de la genèse de l’empire français en Amérique à partir de l’expérience du clan familial Le Moyne. La démarche ne manque pas d’audace, dans la mesure où l’historiographie de la Nouvelle-France a maintes fois visité les jeux de coulisse métropolitains et le parcours des élites coloniales. Or, c’est précisément à ce niveau que Davis réalise un tour de force : il redéfinit le cadre d’interprétation, campé résolument à l’échelle de l’Amérique française, voire de l’empire tout court. Dans cette perspective, la colonie canadienne n’est plus le centre de l’analyse, mais plutôt l’une des parties constituantes d’un ensemble plus large.

L’appréciation de la trajectoire des membres du réseau familial Le Moyne, réalisée à l’aune de cette redéfinition, fait apparaître de nouveaux enjeux et permet de tracer les contours d’une identité élitaire contrastée. Elle révèle une culture familiale qui s’alimente aux divers recoins de l’empire, de la baie d’Hudson à la Louisiane en passant par les Caraïbes, Terre-Neuve, les rives du Mississippi – sans oublier la Guyane, La Rochelle, Rochefort et même Versailles. Appréhender l’Amérique française à cette échelle a eu un prix pour l’auteur : l’entreprise a exigé la consultation de plusieurs fonds d’archives en France, aux États-Unis et au Canada. À ces fonds permettant de rendre compte à la fois des activités de la famille Le Moyne et des affaires administratives de l’État, il faut ajouter ceux qui relèvent de l’exercice prosopographique en tant que tel. Il en résulte une thèse qui fait (re)découvrir les confins de l’Amérique à partir des destins individuels, sans pour autant sacrifier les défis de l’Empire – bien au contraire.

La démonstration, construite sur le mode chrono-thématique, comporte six volets où sont notamment analysés le commerce de la fourrure, les relations diplomatiques, la sociabilité, la propriété foncière, l’administration étatique et plus généralement les réseaux de pouvoir. Chemin faisant, l’auteur décortique divers épisodes marquants de la trajectoire des membres les plus en vue de la famille Le Moyne – en phase avec les enjeux impériaux du temps. Prenant notamment à témoin Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville, Joseph Le Moyne de Sérigny, Charles Le Moyne de Longueuil et Antoine Le Moyne de Châteauguay, qui fraient à la fois dans le commerce, la diplomatie, le militaire et l’administration coloniale, l’auteur dévoile une culture coloniale singulière, à cheval entre les impératifs familiaux, l’opportunisme et le sens du devoir envers le roi.

Au bout du compte, la thèse montre l’incroyable densité et la complexité des réseaux de pouvoir coloniaux, positionnant du même coup l’Amérique comme une puissante plateforme d’opportunités. Enfin, cette richesse interprétative est livrée au moyen d’une plume à la fois précise, habile et élégante, qui fait parfois oublier les rigueurs de l’exercice académique que représente une thèse. Dans un concours du prix Louise-Dechêne particulièrement relevé cette année, le jury salue cette enquête d’envergure qui nous permet d’accéder à la fois au quotidien des acteurs sur le terrain et aux tiraillements politiques coloniaux. Cette thèse de Michael J. Davis, résolument atlantique, dégage un nouveau récit de l’expérience de l’Amérique française qui renferme assurément les atouts d’un livre percutant.