Volume 74, numéro 1-2, été-automne 2020
Lauréat.e 2021 pour le Prix de la Revue d’histoire de l’Amérique française

Julien Goyette, Louise Bienvenue et Nicolas Devaux

Cet article ouvre un numéro spécial double de la RHAF entièrement consacré à un bilan historiographique dans différents champs de connaissances relatifs à l’Amérique française. Julien Goyette, Louise Bienvenue et Nicolas Devaux y relèvent un défi de taille : apprécier la production de la revue elle-même pendant près de 40 ans, soit un corpus de plus de 500 articles scientifiques publiés par plus de 400 chercheurs et chercheuses.

Regards sur l'évolution de la RHAF depuis 1982

Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 74, no 1-2, 2020
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Cet article ouvre un numéro spécial double de la RHAF entièrement consacré à un bilan historiographique dans différents champs de connaissances relatifs à l’Amérique française. Julien Goyette, Louise Bienvenue et Nicolas Devaux y relèvent un défi de taille : apprécier la production de la revue elle-même pendant près de 40 ans, soit un corpus de plus de 500 articles scientifiques publiés par plus de 400 chercheurs et chercheuses. Les travaux du genre représentent toujours une entreprise vertigineuse et risquée ; elle l’est d’autant plus dans le cas présent, la RHAF incarnant, aux dires mêmes des auteur.e.s, « un véhicule scientifique de premier plan ». L’exercice a commandé une classification qui a permis de nommer des points forts de l’évolution de l’historiographie, à partir notamment du profil des auteurs et autrices, des principales approches, des champs d’étude et enfin des aires et des périodes étudiées. Le bilan fait ressortir non pas une, mais plusieurs « révolutions tranquilles ». L’augmentation significative du nombre d’articles produits par des femmes est certainement l’une d’elles. Sur le plan des approches, on note le quasi-effacement de l’histoire économique, la portion congrue, mais stable, dédiée à l’histoire politique, et surtout la transition d’une histoire sociale à une histoire culturelle. Si le Québec contemporain recueille le plus d’intérêt sur le plan thématique, l’histoire des travailleurs et celle des Autochtones demeurent des champs à la périphérie – et ce, en dépit de l’évolution résolument socioculturelle des productions. Au final, il ressort de cet exercice une esquisse remarquablement précise et sobre de l’historiographie de l’Amérique française des dernières décennies, ponctuée de portraits prudents et nuancés. Grâce au travail de Julien Goyette, de Louise Bienvenue et de Nicolas Devaux, la communauté historienne bénéficie d’un miroir éclairant de sa pratique actuelle. La solidité du cadre interprétatif des auteur.e.s – qui s’alimente aux autres bilans parus dans le même numéro de la revue et s’appuie sur l’historiographie elle-même – n’a d’égale que la clarté de la présentation des données, restituées sous forme de tableaux et de graphiques aussi bienvenus qu’éloquents. Le jury félicite les auteur.e.s pour ce nécessaire bilan, qui fait écho à la tâche trop souvent ingrate d’éditer une revue savante – une lourde responsabilité dans le cas de la RHAF, laquelle fait figure de symbole dans le réseau historien.