Lauréat.e 2019 pour le Prix Louise-Dechêne

Jean-François Palomino

Jean-François Palomino est lauréat du prix Louise-Dechêne pour l’année 2019 avec sa thèse : L’État et l’espace colonial : savoirs géographiques entre la France et la Nouvelle-France aux XVIIe et XVIIIe siècles.

L'État et l'espace colonial : savoirs géographiques entre la France et la Nouvelle-France aux XVIIe et XVIIIe siècles

Université de Montréal, 2018
Fiche de l'éditeur

Avec sa thèse intitulée « L’État et l’espace colonial : savoirs géographiques entre la France et la Nouvelle-France aux XVIIe et XVIIIe siècles », Jean-François Palomino met à nu les mécanismes de production et d’utilisation des documents cartographiques réalisés par ou pour l’État en Nouvelle-France. Bien que de nombreux travaux portant sur cette période ont jusqu’à présent mis à contribution ce type de source, aucun chercheur n’avait à ce jour interprété ce corpus comme objet d’histoire à part entière. La force de la démarche de l’auteur repose d’ailleurs sur une double gageure : mettre au jour un corpus iconographique étendu, et l’arrimer à la dynamique géopolitique coloniale française en Amérique du Nord. Le pari des sources est à la hauteur des ambitions : cartes régionales ou continentales, cartes cadastrales, hydrographiques, et topographiques, colligées à la fois dans les centres d’archives de France, du Royaume-Uni, des États-Unis et du Canada. À cet assemblage inusité s’additionnent des récits de voyage, diverses correspondances, ainsi que de multiples rapports et mémoires.

La démonstration elle-même, qui court sur six chapitres, fait découvrir au lecteur la prise de possession de l’Amérique du Nord par le Royaume de France à partir d’une analyse des savoirs géographiques. Du Mississipi à Terre-Neuve, l’ensemble de l’Empire français d’Amérique apparaît ainsi comme un vaste terrain de jeu pour une série de fonctionnaires, de géographes, d’hydrographes, d’ingénieurs et d’explorateurs qui en apprécient les contours. Du règne du Roi Soleil à la Conquête, l’auteur fait visiter au lecteur les différents contextes de production de ces documents cartographiques hautement stratégiques et symboliques. De l’atelier du cartographe aux postes avancés des trafiquants de fourrure, en passant par la cour et les officines des administrateurs coloniaux, le lecteur apprécie la somme des interactions qui mènent ultimement à leur réalisation. La force de la démonstration repose sur la capacité de l’auteur à faire vivre le processus de genèse des cartes elles-mêmes, qui permettent d’apporter un éclairage surprenant à l’évolution de l’Empire français d’Amérique en tant que tel. Cette démonstration convaincante est soutenue par une langue à la fois riche et précise, qui rend compte de manière incisive des subtilités qui sous-tendent les négociations qui concourent à la production des cartes.

En bout de ligne, parce qu’il livre de nouvelles clés d’interprétation pour les documents cartographiques coloniaux, le jury considère que l’auteur offre une contribution majeure qui bénéficiera aux futures générations de chercheurs. Les membres du jury tiennent à souligner que la thèse participe à mettre au jour de manière exemplaire la genèse de l’espace colonial français en Amérique, tout en contribuant plus largement à éclairer les mécanismes de prise de possession des territoires par les puissances coloniales.