Ce débat présente le texte de Paul-André Linteau et Fernand Harvey, la réplique de Ronald Rudin, la réponse de ses deux collègues et le mot de la fin de R. Rudin.

1. Les étranges lunettes de Ronald Rudin (RHAF, vol. 51, no. 3, 1998)

« La déformation que Ronald Rudin fait subir à nos propos apparaît encore plus clairement dans son livre. Plutôt que de traduire notre «valorisation» par valuation ou self-actualization, il l’a rendu par hero worship. Il s’agit là d’une réduction inacceptable. Tous savent, sauf apparemment monsieur Rudin, que la valorisation de la Nouvelle-France, à laquelle nous faisions allusion, dépassait de beaucoup la célébration des héros: c’était un ensemble d’institutions, une société, une façon de vivre, une vision du monde qui étaient valorisés. Plus grave encore, plutôt que de traduire notre «explication» par explanation, il écrit serious analysis. C’est inacceptable. Jamais notre texte n’a examiné le caractère sérieux ou pas des travaux publiés ou leur rigueur scientifique. (…) C’est pourquoi nous n’avons jamais parlé d’objectivité ou d’histoire objective. Nous ne nous prétendons pas plus objectifs que nos prédécesseurs ou nos successeurs; nous ne le sommes pas. Nous sommes seulement différents, d’une autre époque. » (Lire la suite)

2. Les lunettes différentes (RHAF, vol. 51, no. 3, 1998)

« Harvey et Linteau peuvent penser qu’ils ne se sont livrés, en 1972, qu’à un simple travail de classification mais, je le répète, ils ont été fatalement conduits à porter des jugements qui reflétaient leurs valeurs propres. La meilleure preuve en est la manière dont ils ont tenté de distinguer leurs efforts de classification de leurs conclusions. Vers la fin du texte, ils abandonnent «l’analyse quantitative pour émettre une opinion personnelle». Tout se passe comme s’il s’agissait là d’un appel à l’indulgence du lecteur (…) Les auteurs peuvent sans doute estimer «étrange» mon point de vue; je préfère penser, plus simplement, que nous entretenons des points de vue différents, que nous portons «des lunettes différentes». J’ajoute que poursuivre la réflexion sur les partis pris qui sous-tendent nos travaux ne peut qu’être bénéfique à notre profession d’historien. » (Lire la suite)

3. Pour conclure (Linteau et Harvey) (RHAF, vol. 51, no. 3, 1998)

« En choisissant de ramener une nouvelle fois sur le tapis son interprétation des «révisionnistes», Ronald Rudin évite de répondre aux questions que nous avons soulevées. Le débat qu’il a lancé ailleurs à propos de l’historiographie québécoise a déjà eu lieu et il se poursuivra sans doute longtemps; nous n’avons d’ailleurs aucune objection à y participer. Ce n’était cependant pas l’objet de notre commentaire, comme nous l’avons bien dit: en effet, nous n’avons pas soulevé une question d’interprétation historique ou historiographique, mais bien une question d’éthique. Notre commentaire ne concernait pas l’ensemble de l’article ou du livre de Ronald Rudin et les interprétations qu’il y propose, mais bien la façon dont il a usé et abusé de notre texte. Nous avons démontré qu’il a fabriqué en anglais un faux document sur lequel il a appuyé son analyse; qu’il a déformé nos propos et qu’il nous en a attribué d’autres que nous n’avions pas exprimés. De tels procédés sont inacceptables. » (Lire la suite)

4. Pour conclure (Rudin) (RHAF, vol. 51, no. 3, 1998)

« Que la décision, en effet, soit celle du lecteur. Fernand Harvey et Paul-André Linteau n’ont pas contredit le fait que j’ai fidèlement rendu leur texte de 1972; de même ont-ils choisi de ne pas débattre plus avant de nos divergences quant à l’approche historique. Les accusations qu’ils portent peuvent certes empêcher le lecteur de porter attention à certaines questions comme celle de l’objectivité. Là est pourtant le vrai débat. Je souhaite qu’il se poursuive. » (Lire la suite)

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