
En s’intéressant au Service de référence pour avortement des groupes féministes montréalais entre 1966 et 1988, l’excellente étude de Marie-Laurence Raby, Braver l’interdit. Histoire féministe de l’avortement au Québec, met en lumière les conditions matérielles de l’avortement illégal puis légal, le travail des regroupements féministes et les rapports de force qui se jouent sur le terrain. Les luttes pour la décriminalisation et l’accès à l’avortement au Québec sont bien connues. Les combats menés par le Dr Henry Morgentaler ou la saga judiciaire entourant l’affaire Chantal Daigle ont été largement documentés. Nul doute que les groupes féministes actifs durant toutes ces années se sont aussi impliqués dans ces combats en multipliant les actions et les stratégies pour offrir, souvent dans la clandestinité, un soutien à des femmes parfois désemparées et pour s’assurer de la décriminalisation de l’avortement, puis de l’accessibilité des services. En tout temps, ces réseaux et celles qui les ont animés ont cherché à briser les normes prescriptives qui maintenaient les services d’avortement, et les femmes qui y avaient recours, dans un cadre souvent culpabilisant, voire humiliant.
C’est à l’analyse de ces réseaux et de leurs actions que nous convie, avec brio, Marie-Laurence Raby. Elle propose une histoire ancrée dans un cadre théorique féministe bien maîtrisé et offre une perspective nouvelle en faisant appel aux témoignages d’actrices importantes de cette lutte. S’appuyant sur des sources inédites, dont celles de réseaux féministes clandestins, et des témoignages oraux, cette étude, tirée d’un mémoire de maîtrise, souligne l’agentivité des femmes qui ont lutté pour que l’avortement cesse d’être régi par des normes prescriptives médicales et ne soit plus inscrit dans l’unique équation féminité/maternité. La pertinence de cet ouvrage est bien réelle et sa qualité, indéniable.
Le jury tient à souligner l’excellence de cet ouvrage, à en féliciter l’autrice et à lui décerner le prix Michel-Brunet 2026.
Jury des prix du livre de l'IHAF 2026
- Michel Ducharme, Université de la Colombie-Britannique
- Jean-Philippe Garneau, Université du Québec à Montréal
- Dominique Marquis, Université du Québec à Rimouski


Avec cet ouvrage, Michel Thévenin nous prouve qu’il y a encore de stimulantes pages à écrire sur l’histoire militaire de l’Amérique française. Dans Changer le système de la guerre, l’auteur nous offre une belle contribution à l’étude de l’européanisation des conflits coloniaux au 18e siècle en s’intéressant à la guerre de siège telle qu’elle s’est pratiquée au cours de la guerre de Sept Ans en Nouvelle-France. L’ouvrage débute par une brève synthèse, efficace et bienvenue, sur l’art et la pratique du siège en France (et plus généralement en Europe de l’Ouest) aux 17e et 18e siècles. L’attaque et la défense des places fortes sont en effet inscrites au cœur de la pensée stratégique des politiques et généraux européens, et domine conséquemment l’imaginaire guerrier des officiers militaires – y compris ceux qui sont envoyés combattre sur les théâtres d’opération nord-américains. Une lecture attentive des journaux de campagne de plusieurs de ces officiers, ainsi que des correspondances ministérielles, permet ensuite à Michel Thévenin de démontrer l’évolution de la pensée stratégique et tactique des officiers français servant au Canada. Si ceux-ci demeurent toujours convaincus de l’importance et du rôle des places fortifiées, ils doivent désormais composer avec un réseau de postes éloignés où lacs et rivières tiennent lieu de routes et où les pratiques de guerre des nations autochtones alliées contrastent avec la violence familière, et partant, acceptée, de la guerre en Europe. Chez Michel Thévenin, le cadre de référence européen n’est pas tant matière à revisiter le vieux débat historiographique sur l’inimitié entre officiers canadiens et français comme explication de la Conquête; il sert plutôt à expliquer avec doigté les surprises, les hésitations, et les nécessaires adaptations d’officiers et d’ingénieurs formés aux conflits en pays densément peuplés hérissés de forteresses rapprochées, capables de se soutenir rapidement. La Nouvelle-France, par contraste, offrait un tout autre cadre géographique et humain – mais celui-ci requérait moins une réforme de la tactique qu’un changement d’échelle logistique capable de minimiser les effets de la distance. L’imposant effort de guerre britannique y parviendra, justifiant du même coup chez les décideurs français l’emploi d’ingénieurs formés et (relativement) expérimentés. Porté par une plume claire qui témoigne du constant souci de pédagogie de l’auteur, l’ouvrage de Michel Thévenin offre à ses lecteurs une introduction dynamique à l’histoire militaire du 18e siècle, rectifiant au passage quelques mythes à la vie dure. Il ouvre ainsi de belles pistes à des études complémentaires sur la logistique et la formation des ingénieurs, que l’auteur annonce déjà.












(* Le prix Michel-Brunet est décerné les années paires pour les productions des deux années précédentes.)
Doté d’une bourse de 1 000 dollars, le prix Michel-Brunet prime la meilleure œuvre en français parue durant les deux dernières années civiles (2022-2023) et traitant d’un sujet historique, quel que soit le champ spatiotemporel, produite par un.e jeune historien.ne québécois.e de trente-cinq ans ou moins. Ce prix est décerné sur une base bisannuelle, les années paires.
Le jury tiendra compte des trois critères suivants :
- Originalité de la contribution à l’histoire
- Qualité de la recherche et de la méthodologie
- Rigueur de la démarche intellectuelle
Règles d’admissibilité :
- L’œuvre peut être un livre, un article paru dans une revue scientifique ou un document sonore ou visuel.
- L’œuvre doit être en langue française.
- L’œuvre doit avoir paru durant les deux années civiles précédant l’année du concours.
- Au moment de la parution de l’œuvre, l’auteur.e devait être résidant.e du Québec et être âgé.e de 35 ans ou moins (prière de joindre un curriculum vitae).
Règles d’inscription :
Les personnes ou les maisons d’édition qui désirent inscrire une œuvre au concours du prix Michel-Brunet doivent en faire parvenir quatre (4) exemplaires (dans le cas d’un livre) à l’Institut à l’adresse suivante au plus tard le 30 avril :
Institut d’histoire de l’Amérique française
Département d’histoire, Université de Montréal
C.P. 6128, succursale Centre-ville
Montréal QC H3C 3J7 Canada
Pour de plus amples renseignements, n’hésitez pas à communiquer avec la coordination de l’Institut à l’adresse suivante : ihaf@ihaf.qc.ca.