Lauréat.e 2022 pour le Prix Michel-Brunet

Michel Thévenin

Avec cet ouvrage, Michel Thévenin nous prouve qu’il y a encore de stimulantes pages à écrire sur l’histoire militaire de l’Amérique française. Dans Changer le système de la guerre, l’auteur nous offre une belle contribution à l’étude de l’européanisation des conflits coloniaux au 18e siècle en s’intéressant à la guerre de siège telle qu’elle s’est pratiquée au cours de la guerre de Sept Ans en Nouvelle-France.

« Changer le système de la guerre ». Le siège en Nouvelle-France (1755-1760)

Presses de l'Université Laval, 2020
Fiche de l'éditeur

Avec cet ouvrage, Michel Thévenin nous prouve qu’il y a encore de stimulantes pages à écrire sur l’histoire militaire de l’Amérique française. Dans Changer le système de la guerre, l’auteur nous offre une belle contribution à l’étude de l’européanisation des conflits coloniaux au 18e siècle en s’intéressant à la guerre de siège telle qu’elle s’est pratiquée au cours de la guerre de Sept Ans en Nouvelle-France. L’ouvrage débute par une brève synthèse, efficace et bienvenue, sur l’art et la pratique du siège en France (et plus généralement en Europe de l’Ouest) aux 17e et 18e siècles. L’attaque et la défense des places fortes sont en effet inscrites au cœur de la pensée stratégique des politiques et généraux européens, et domine conséquemment l’imaginaire guerrier des officiers militaires – y compris ceux qui sont envoyés combattre sur les théâtres d’opération nord-américains. Une lecture attentive des journaux de campagne de plusieurs de ces officiers, ainsi que des correspondances ministérielles, permet ensuite à Michel Thévenin de démontrer l’évolution de la pensée stratégique et tactique des officiers français servant au Canada. Si ceux-ci demeurent toujours convaincus de l’importance et du rôle des places fortifiées, ils doivent désormais composer avec un réseau de postes éloignés où lacs et rivières tiennent lieu de routes et où les pratiques de guerre des nations autochtones alliées contrastent avec la violence familière, et partant, acceptée, de la guerre en Europe. Chez Michel Thévenin, le cadre de référence européen n’est pas tant matière à revisiter le vieux débat historiographique sur l’inimitié entre officiers canadiens et français comme explication de la Conquête; il sert plutôt à expliquer avec doigté les surprises, les hésitations, et les nécessaires adaptations d’officiers et d’ingénieurs formés aux conflits en pays densément peuplés hérissés de forteresses rapprochées, capables de se soutenir rapidement. La Nouvelle-France, par contraste, offrait un tout autre cadre géographique et humain – mais celui-ci requérait moins une réforme de la tactique qu’un changement d’échelle logistique capable de minimiser les effets de la distance. L’imposant effort de guerre britannique y parviendra, justifiant du même coup chez les décideurs français l’emploi d’ingénieurs formés et (relativement) expérimentés. Porté par une plume claire qui témoigne du constant souci de pédagogie de l’auteur, l’ouvrage de Michel Thévenin offre à ses lecteurs une introduction dynamique à l’histoire militaire du 18e siècle, rectifiant au passage quelques mythes à la vie dure. Il ouvre ainsi de belles pistes à des études complémentaires sur la logistique et la formation des ingénieurs, que l’auteur annonce déjà.