Congrès 2025

Séance 6 – Savoirs scolaires, identités et rapports de force, 1950-1980

De Canadien français à Québécois : le savoir scolaire comme outil de construction identitaire durant la Révolution tranquille

Gabriel Jarvis

Université du Québec à Montréal

Cette communication explore la manière dont l’enseignement de l’histoire au secondaire entre les années 1956 à 1986 a été un vecteur de construction identitaire. À travers l’étude de trois réformes de l’histoire et de ses manuels scolaires, elle souligne l’évolution des marqueurs identitaires mobilisés dans le discours scolaire. La première balise temporelle est la réforme qui a mené à la création des écoles secondaires publiques en 1956. Encore sous la forte influence du clergé catholique et de sa vision de l’ordre social, le discours scolaire transmet une vision de l’identité canadienne-française ancrée dans l’idéal de la survivance. Avec la création du ministère de l’Éducation, les programmes cadres sont publiés en 1967. Afin de sortir de la « Grande noirceur », les documents scolaires mobilisent des représentations qui tentent de rompre avec l’identité canadienne-française tout en étant ambigus par rapport à l’identité québécoise. Il faudra attendre la réforme des programmes par objectifs de 1982, et donc un plus grand recul par rapport à l’époque duplessiste, pour que le ministère circonscrive une identité canadienne-française en phase avec la modernité québécoise francophone, laïque et pluraliste.

Bien qu’elle illustre les grandes lignes de l’évolution des représentations identitaires dans le discours scolaire, cette communication veut également montrer que l’enseignement de l’histoire est un lieu de circulation et de lutte de différentes sensibilités historiographiques qui influencent les représentations des élèves pour que ceux-ci adhèrent aux projets nationaux des auteurs et à la vision de l’histoire de l’État.