Congrès 2026

Séance 27 — L’État et la transmission des normes par le droit, le soin et l’éducation

Transmettre la culture québécoise aux Autochtones de la province. L’Hôpital du Parc Savard comme vecteur de « l’influence française », 1946-1959

Mathieu Arsenault

Université de Montréal

À partir de 1946, l’ancien Hôpital de l’immigration à Québec change de vocation afin d’accueillir une nouvelle clientèle composée d’Inuit et de membres des Premières Nations. Provenant de partout au Québec, ces patient.es autochtones sont déplacés sur de longues distances, parfois depuis l’Ungava, afin d’être soigné.es dans cet établissement alors connu sous le nom d’hôpital du Parc Savard. Comptant 75 lits à son ouverture, l’hôpital accueille annuellement près de 200 patients au milieu des années 1950. Signe de la prévalence inquiétante de la tuberculose au sein des communautés autochtones, il se transforme en sanatorium où sont internés des patients de tous âges, incluant de jeunes enfants. Plus qu’un espace de soin, le Parc Savard est un lieu de vie et d’internement pour ces Autochtones qui y séjournent parfois durant plusieurs années. Or, la présence du personnel francophone issu de la ville de Québec et d’un missionnaire oblat au sein de l’établissement a grandement contribué à en faire un lieu de transmission de la culture canadienne-française aux jeunes patients. Il n’est donc pas étonnant que l’annonce de sa fermeture en 1959 au profit d’un établissement ontarien situé à Hamilton suscite l’indignation dans la ville de Québec. On y voit une manœuvre du gouvernement fédéral pour brider l’« influence française » que la province exerce sur « ses » Autochtones. Dans la décennie précédant la Révolution tranquille et la création de la Direction générale du Nouveau-Québec, l’histoire de cet « hôpital indien » témoigne de l’impact du colonialisme médical comme instrument d’assimilation des peuples autochtones au Québec.