Congrès 2026

Séance 21 — Les idéaux de paix au Québec et au Canada : acteurs et transmission

Surveiller la paix. Héritage et transmission des logiques de soupçon de la GRC face aux mouvements pacifistes

Bastien Leroy

Université de Montréal

Dans les années 1960, les mouvements pacifistes au Québec s’inscrivent dans le contexte d’une forte mobilisation contre la guerre du Vietnam. Pourtant, ces engagements ne sont pas perçus comme tels par les autorités, qui les regardent fréquemment avec suspicion.
Cette communication propose d’expliquer ce décalage en retraçant l’héritage des logiques de surveillance mobilisées par la Gendarmerie royale du Canada. Elle défend l’idée que les acteurs pacifistes sont appréhendés à travers des catégories d’analyse forgées dès la fin du 19e siècle dans le cadre de la surveillance des milieux jugés subversifs.

Ces catégories ne sont pas disparues : elles sont transmises, adaptées et réactivées dans le contexte de la guerre froide. Le Québec constitue un terrain particulièrement révélateur de ces dynamiques, en raison de son rôle dans les circulations militantes nord-américaines. Les mouvements pacifistes y apparaissent à la fois comme des espaces de contact et des objets privilégiés de surveillance. En mettant en lumière cette tension entre idéaux de paix et logiques de soupçon, cette communication propose de repenser les notions d’héritage et de transmission à partir des pratiques de surveillance. Elle montre que ces logiques ne se transmettent pas seulement dans le temps, elles circulent aussi entre différents espaces, notamment à travers les échanges entre agences nord-américaines. De la fin du 19e siècle aux années 1960, cette dynamique contribue à redéfinir les formes d’engagement considérées légitimes. La paix apparaît ainsi moins comme une évidence que comme un objet traversé par des tensions entre héritage institutionnel et mobilisations militantes.