À deux cents ans de distance, la voix des Canadiennes au sein de leur collectivité peine à être entendue. L’étude d’une famille permet toutefois de rendre audible celle de ses membres féminins. À partir des figures de Marie-Louise Roy et de Flore Masse, respectivement mère et épouse de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau (qui fut notamment premier ministre du Québec, 1867-1873), cette communication propose d’examiner les modalités de la participation féminine à la vie publique au 19e siècle.
Député à Montréal depuis 1844, Chauveau évolue dans un univers politique dont les ramifications dépassent largement la sphère parlementaire. Sa mère, sa grand-mère, son oncle et son épouse ont en effet l’habitude des aléas de la vie politique et des contraintes qu’impose l’engagement public. Loin d’être de simples spectatrices, Marie-Louise Roy et Flore Masse manifestent une inclination pour la vie publique et développent des stratégies d’intervention adaptées à leur position sociale et à leur genre.
Roy s’informe par la lecture des gazettes, mobilise ses liens avec les grandes familles de Québec et oriente la carrière de son fils. Quant à Masse, elle lit le journal que son époux lui destine, participe aux activités mondaines ou recopie des chansons à caractère politique. La fille du couple, Éliza, tisse des liens d’amitié avec sa compagne de classe, Marie-Louise Globensky, et passe ses vacances chez les Papineau à Petite-Nation.
Cette communication relativise les frontières traditionnellement tracées entre sphères privée et publique et permet de mieux comprendre les formes d’engagement politique des femmes au Bas-Canada.