Séance 18 — Succéder, hériter et transmettre chez le notaire (II)
Quand l’harmonie fait place à la lutte. Conflits, agentivité et relations familiales dans la vallée laurentienne sous le Régime français
Catherine Lampron
Université de Sherbrooke
L’étude de la succession, de l’héritage et de la transmission se concentre souvent sur les questions matérielles. Les historiens et les historiennes qui se sont intéressées à ces thématiques par le passé, notamment Louise Dechêne (1974), Sylvie Dépatie (1990) ou encore Gérard Bouchard, John A. Dickinson et Joseph Goy (1998), ont en effet privilégié l’examen des mécanismes liés à la transmission des terres ou des biens, ainsi que l’étude des embûches qui peuvent entraver ces processus. Être héritier ou héritière ne se réduit cependant pas à l’obtention de biens au décès d’un proche; cela implique des relations vécues au quotidien de manière idéalement harmonieuse. Qu’en est-il lorsque le conflit éclate et que l’harmonie fait place à la violence? Dans cette présentation tirée de nos recherches doctorales, nous examinons comment les membres des familles vivant dans la vallée du Saint-Laurent sous le Régime français gèrent les conflits qui surviennent entre eux, et de quelle manière ces conflits affectent les relations familiales. Grâce à l’analyse d’un échantillon de documents judiciaires et notariaux, nous nous penchons sur le parcours de vie de quatre familles afin de démontrer que les stratégies mises en œuvre pour faire face aux conflits témoignent d’une agentivité propre à chaque individu, influencée par la position de chacun dans la hiérarchie domestique et sociale. Peu peu importe le moyen employé, aucun membre de la famille ne demeure passif lorsqu’il sent que ses droits sont lésés ou que sa survie est en jeu.