Congrès 2026

Séance 20 — Perspectives sociales en histoire militaire

Les motivations des déserteurs québécois de 1944-1945

Yves Tremblay

Ministère de la Défense nationale

Libéré depuis le plébiscite d’avril 1942 « des engagements antérieurs restreignant les méthodes de mobilisation » (les provinces anglophones ont appuyé à 80 pour cent la mesure, les Québécois s’y sont opposés à 72 pour cent), le cabinet fédéral adopte en novembre 1944 un décret autorisant l’envoi outre-mer de conscrits, dont 35 à 40 pour cent proviendraient du Québec. Dans sept camps d’entraînement avancé, des mutineries éclatent, y compris dans un bataillon québécois. Une manifestation tourne mal à Drummondville le 24 février 1945. Et le taux de désertion atteint un sommet entre décembre 1944 et avril 1945 (3 286 des 7 255 conscrits déserteurs de la guerre, ou 45 pour cent). Faut-il y voir un geste moral (pacifisme ou objection de conscience) ou bien un geste politique, une volonté nationale?

Le phénomène a généralement été étudié en lisant la presse et les essayistes. Nous proposons plutôt de sonder les déserteurs, grâce aux procès tenus en 1945-1946. L’exposé est basé sur les plaidoiries de 150 cas jugés en cour martiale. Les prétextes invoqués en défense font penser que l’hypothèse d’Annie Crépin – insoumission et désertion seraient liées à la persistance d’une culture de ruraux rétifs aux bureaucraties modernes – est plus intéressante que les hypothèses axées sur la morale ou la politique. En effet, les déserteurs s’absentent surtout après l’entraînement de base près de chez eux, alors qu’ils doivent s’éloigner pour l’entraînement avancé ou se préparer au passage outre-mer. Les prétextes sont de manière écrasante familiaux, tandis que l’objection de conscience, repérable au Canada anglais, est absente des témoignages québécois.