Séance 22 — Navigation et naufrages en récits
L’économie des naufrages du Saint-Laurent et l’épave d’un vaisseau de la Marine royale. Le cas de L’Éléphant (1729)
Hubert Lemieux
Université du Québec à Rimouski
Dans la nuit du 31 août 1729, l’Éléphant s’échoue sur des récifs au large du cap Brûlé, en aval de Québec. Les secours conduisent les rescapés à Québec, puis entreprennent le sauvetage de la cargaison et des débris de l’épave. L’historien Thomas Wien (2009) a examiné le naufrage pour étudier les techniques de persuasion des administrateurs coloniaux dans leur correspondance avec leurs supérieurs métropolitains. Il souligne la réception à Versailles de nombreux rapports sur l’accident, ce qui jette les bases d’un récit valorisant l’efficacité des autorités dans l’organisation du sauvetage des personnes et des biens. Si la récupération des biens de l’Éléphant préoccupe les autorités à cause des prérogatives maritimes royales, elle présente aussi un intérêt pour les passagers et les acteurs de l’économie des naufrages. Notre communication se penche sur cette récupération matérielle et sur la façon dont elle est rapportée dans différents témoignages. Contrairement à ce qui se passe pour la plupart des naufrages de cette période, nous disposons non seulement d’écrits officiels, mais aussi de relations par des auteurs de conditions variées, comme celle du voyageur Claude Le Beau. En comparant les textes officiels et non officiels – dont deux seront publiés dans le projet d’édition « Voyages sur le Saint-Laurent » –, nous tentons de cerner les préoccupations d’autres observateurs quant à la pratique de l’économie des naufrages, dont on trouve les traces surtout dans les archives judiciaires et administratives, et ainsi d’affiner notre compréhension des rapports au naufrage et à la mer, qui sont multiples.