Séance 22 — Navigation et naufrages en récits
L’apport des navigateurs et des pilotes à la transmission des savoirs maritimes dans l’axe du Saint-Laurent à l’époque coloniale, 18e-19e siècles
Jean-René Thuot
Université du Québec à Rimouski
La circulation dans l’axe du Saint-Laurent – golfe, estuaire et fleuve – est au cœur de la socioéconomie et de la géopolitique dans le monde colonial canadien. Sous les régimes français et britannique, la maîtrise de cette principale porte d’entrée du continent en Amérique du Nord repose sur le partage de connaissances entre divers acteurs, au premier chef les autorités coloniales, les armateurs, les cartographes et les individus qui conduisent les bâtiments. Ces derniers, navigateurs ou pilotes, représentent la dernière ligne entre le succès ou l’échec d’un transit sur la voie laurentienne – ultimement pour l’obtention d’une cargaison ou la réussite d’une conquête militaire. La Conquête britannique constitue un moment névralgique dans la transmission du bagage de savoirs nécessaires au contrôle de l’axe. Quels sont les principaux individus au cœur de ce réseau d’expertise, et de quelle manière sont-ils instrumentalisés dans la maîtrise et l’appropriation de l’espace maritime laurentien?
Cette communication, qui s’appuie sur une enquête prosopographique en cours sur les navigateurs et les pilotes actifs dans l’axe laurentien aux 18e et 19e siècles, vise d’une part à mettre en lumière le réseau des acteurs du pilotage sous le Régime français, et d’autre part à examiner son évolution dans les premières décennies du Régime britannique. Elle permet du même coup de rappeler les principaux défis que pose la navigation sur le Saint-Laurent, et d’évoquer quelques jalons dans la construction des savoirs qui lui sont associés.