Séance 27 — L’État et la transmission des normes par le droit, le soin et l’éducation
La prise en charge des femmes accusées de violence mineure. Entre justice pénale et perpétuation des normes sociales à Québec (1820-1870)
Meggie Sue Cadrin
Université Laval
À la croisée des rapports sociaux et des pratiques du système de justice pénale, l’étude de la prise en charge de la criminalité par les institutions judiciaires permet d’entrevoir les valeurs qui structurent la société. Dans le contexte du Québec du 19e siècle, marqué par des transformations des mentalités, notamment quant à la place des femmes dans la société, et par une socioéconomie en mutation, le traitement des comportements jugés déviants permet d’entrevoir la transmission et l’évolution des normes et des valeurs sociales.
L’implication des femmes dans les délits de violence mineure (tels que l’assaut et les menaces de violence) à Québec entre 1820 et 1870 constitue un point d’entrée pertinent pour interroger ces mécanismes. Fondée sur un corpus de documents d’archives judiciaires, cette communication s’intéresse aux mécanismes par lesquels les institutions pénales participent à la reproduction des attentes sociales envers les femmes. Dans ce contexte, les justiciables évoluent dans un cadre normatif marqué par l’idéal de respectabilité féminine, mis à l’épreuve par les réalités de la vie urbaine et les tensions sociales.
L’étude de la violence mineure féminine permet ainsi d’examiner comment sa prise en charge participe à la transmission des normes sociales. De fait, les pratiques judiciaires ne se limitent pas à sanctionner ou réprimer : elles définissent ce qui est acceptable ou non, traduisant les valeurs de la société. Ainsi, les trajectoires de ces justiciables témoignent des tensions entre héritage normatif et évolution sociale.