Séance 9 — Enquête orale, histoire collaborative et transmission de la mémoire
Un témoignage autochtone inédit: les propos de Zoë Férusse enregistrés par Calixte Mourier en janvier 1885
Leila Inksetter
Université du Québec à Montréal
Les sources documentaires à notre disposition sont peu prolixes quant aux réalités autochtones autour du lac Témiscamingue avant que le 19e siècle ne soit bien entamé. Dans ce contexte, le témoignage recueilli par Calixte Mourier le 18 janvier 1885 est particulièrement précieux. Ce jour-là, le missionnaire oblat se réfugie chez un colon au cours d’une tempête. Il y est rejoint par Zoë Férusse, une femme anicinabée âgée d’environ soixante-quinze ans. En attendant que la tempête se calme, Férusse et Mourier discutent des « anciens usages des Sauvages » et Mourier note un condensé de l’entretien dans son journal. Férusse a manifestement décrit des usages qu’elle connaissait de sa jeunesse, mais aussi certains qui lui ont été rapportés par son grand-père, ce qui permet de situer les pratiques décrites entre la fin du 18e siècle et le début du 19e. L’extrait du journal de Mourier présente ainsi un rare aperçu des pratiques culturelles en usage à cet endroit avant le 19e siècle. L’entretien met en lumière certaines pratiques transmises à des périodes plus tardives et d’autres, plus intrigantes, peu connues ou documentées jusqu’ici. Le document permet de réfléchir à la transmission culturelle chez les Anicinabés. Il remet en question certains présupposés associés à la continuité.