Séance 8 — La fabrique de la science au Canada français et au Québec
Un héritage contesté. Production, protection et promotion du patrimoine archéologique dans le cadre du projet de la Baie James, 1972-2002
Stéphane Savard
Université du Québec à Montréal
Martin Perron
Hydro-Québec
Les années 1970 marquent un tournant important pour l’archéologie paléohistorique au Québec. Depuis l’Entente biophysique de 1972, les études archéologiques connaissent une croissance fulgurante sur le territoire Eeyou-Istchee de la Baie-James. À elle seule, la phase 1 du complexe hydroélectrique La Grande (1971-1984) occasionne la découverte de plus de 2 000 sites archéologiques; de nombreux autres sites seront mis au jour dans le cadre de la phase 2 dans les années 1980 et 1990.
Perçu comme un « révélateur d’un état de société et des questions qui l’habitent » (Choay, cité par Morisset, 2009), le patrimoine est un produit culturel dont la signification et les usages répondent à des considérations du présent. Notre communication s’intéresse aux enjeux reliés à la production d’un savoir archéologique et à la sauvegarde du patrimoine qui y est associée dans le contexte du projet hydroélectrique de la Baie-James entre 1972 et 2002. Elle aborde les conflits qui émergent à compter de la fin des années 1970 impliquant plusieurs acteurs : l’État québécois, surtout par le biais du ministère des Affaires culturelles, la Société d’énergie de la Baie James et Hydro-Québec, les consultants en archéologie, les organismes contrôlés par Cris et les Inuit. Ces conflits concernent la participation à la planification des recherches, l’exécution des interventions archéologiques et la gestion du patrimoine archéologique mis au jour. L’analyse montre que l’archéologie et le patrimoine archéologique deviennent des objets de luttes politiques et culturelles entre ces acteurs.