Congrès 2026

Séance 14 — Hériter, transmettre, succéder en terres seigneuriales : pouvoir seigneurial, genre et inégalités successorales

Succession noble au féminin. Comment la morphologie d’un groupe domestique est à l’origine d’une sororie influente dans le Québec du 19e siècle

Raphaël Bergeron-Gauthier

Université du Québec à Rimouski

Le parcours des seigneuresses Marie-Josèphe, Angélique, Marguerite-Josèphe, Marie-Josephte, Luce-Gertrude, Marie-Adélaïde et Louise-Angèle Drapeau, surnommées les « dames Drapeau » par leurs contemporains, représente une situation intéressante de transmission d’un patrimoine seigneurial en l’absence de fils. En effet, la morphologie du groupe domestique du seigneur Joseph Drapeau et de sa femme Marie-Geneviève Noël, marquée par l’absence d’héritier masculin, a orienté de manière décisive les modalités de transmission de leur patrimoine et, par le fait même, les trajectoires d’une sororie qui est devenue très influente dans le Québec du 19e siècle. La durée du règne des seigneuresses Drapeau, l’affirmation d’un pouvoir féminin authentique et leur capacité à préserver, transmettre et transformer un imposant patrimoine dans un contexte de profondes mutations sociales et économiques découlent en grande partie de cette configuration familiale particulière. Dans cette communication, je propose de rendre compte du règne des seigneuresses Drapeau en mettant au cœur de l’analyse les effets structurants des composantes de l’adelphie sur la transmission noble, ainsi que les modalités concrètes d’exercice du pouvoir au sein de cette sororie qui découlent de cette transmission particulière. La succession de Joseph Drapeau a donné naissance à une configuration successorale rare. Elle a permis à sept femmes de maintenir une position importante au sein de l’élite canadienne sur une période de soixante-dix ans.