Les écrits des missionnaires jésuites ayant œuvré en Nouvelle-France aux 17e et 18e siècles constituent une source de données importante pour comprendre les cultures et les langues algonquiennes et iroquoiennes. Ces documents manuscrits, que ce soit sous forme de relations, lettres personnelles, ouvrages destinés au prosélytisme religieux (p. ex. livres de prières, dictionnaires et grammaires), constituent un corpus d’une valeur inestimable et incontournable pour les ethnohistoriens, anthropologues et linguistes travaillant tant sur les langues d’Amérique que sur le français de l’époque, de même que pour les groupes autochtones contemporains.
Cette communication a deux objectifs. Je me pencherai d’abord sur les dictionnaires jésuites de langues algonquiennes et sur leur rôle central pour la reconstruction linguistique et la philologie, de même que pour l’étude du contact entre langues. Par la suite, je montrerai comment une lecture minutieuse des dictionnaires jésuites permet de mettre en lumière certains éléments culturels anciens qui auraient aujourd’hui disparu : outils et techniques de chasse et de pêche, faune, cryptozoologie, langage des hommes et des femmes, traitement des captifs, pratiques sexuelles, etc. Les données présentées proviennent des dictionnaires du montagnais (Fabvre, vers 1695; Silvy, vers 1678-1684; Laure, 1726), de l’algonquin (André, 1690), de l’odawa (Du Jaunay, 1748), de même que de l’illinois (Masthay, 1700).