Séance 8 — La fabrique de la science au Canada français et au Québec
Rehausser la science historique au Canada français. Le discours méthodologique et épistémologique de la RHAF (1947-1967)
Julien Goyette
Université du Québec à Rimouski
La fondation de l’Institut d’histoire de l’Amérique française et de sa revue répond à une double ambition: doter le Canada français d’une société savante d’envergure internationale et accroître la qualité de la production historienne. L’initiative vise à réduire l’écart avec le Canada anglais dans la transformation de la pratique historienne en discipline scientifique. Dans les « pages liminaires » de la Revue d’histoire de l’Amérique française (RHAF), Lionel Groulx annonce en 1947 la publication de chapitres de méthode historique rédigés par des spécialistes afin d’en faire mieux connaître « les lois et l’austère discipline ». La place accordée aux comptes rendus participe de la même intention: rehausser la critique historique et la qualité des ouvrages publiés. Ces interventions témoignent d’un effort pour fixer les normes de production dans un espace historien encore peu différencié.
Cette communication propose d’analyser le discours méthodologique et épistémologique dans la RHAF, du premier numéro en 1947 à la mort de Groulx en 1967. Nous croyons que ce programme inaugure un chantier se donnant comme scientifique qui, par une division du travail, cherche à résorber les tensions entre amateurs et professionnels. En requalifiant certaines fonctions érudites, ce programme favorise l’intégration de certaines historiennes, dont Marie-Claire Daveluy. L’analyse croisée des articles méthodologiques et épistémologiques ainsi que des comptes rendus publiés dans la Revue permet d’éclairer les conditions d’accès à l’autorité épistémique au sein du champ historien canadien-français.