Séance 3 — Des mythes en héritage (I)
« L’important est que l’on ne confonde pas Caughnawaga avec Montréal ». Le legs de « la peur de passer pour des Sauvages » dans la presse montréalaise des années 1930
Thomas Poirier
Université de Sherbrooke
À partir du début des années 1990, l’historien et sociologue Denys Delâge s’est intéressé aux origines de la peur qu’ont les Québécois.es de « passer pour des Sauvages ». Selon Delâge, cette peur trouve ses racines dans la Conquête, événement traumatique qui aurait conduit les Canadien.nes français.es à refouler leur proximité avec les Premiers Peuples et à insister sur leur « francité », afin d’éviter le traitement que les Britanniques ont réservé à leurs allié.es autochtones, soit la dépossession de leurs terres. Je propose dans cette communication d’exhumer les traces de cette angoisse dans la presse montréalaise traitant de Kahnawà:ke durant les années 1930. D’une part, il s’agira de mesurer l’ampleur avec laquelle se manifeste « la peur » dans le traitement médiatique des Kanien’kehá:ka. D’autre part, j’examinerai dans quelles thématiques cette peur se présente et les formes qu’elle adopte dans les journaux de la métropole. En me penchant sur un échantillon d’articles tirés de trois périodiques majeurs — Le Devoir, La Presse et The Montreal Star —, je tâcherai de montrer que cette hantise, conformément aux théories de Delâge, est un héritage spécifique au Canada français. En outre, je soutiendrai qu’elle prend souvent l’aspect d’une crainte de rapprochement entre les Kanien’kehá:ka et les Montréalais.es par des voyageurs et voyageuses européens qui, au cours des années 1930, affluent à Kahnawà:ke pour observer un peuple qu’on croit voué à disparaître.