Congrès 2026

Séance 8 — La fabrique de la science au Canada français et au Québec

« Nous n’avons plus d’excuses ». Le plaidoyer de Mgr Labrie pour une colonisation forestière morale fondée sur la science

Maude Flamand-Hubert

Université Laval

En 1948, Mgr Labrie signe une lettre pastorale intitulée « La forêt » dans laquelle il plaide pour le développement sur la Côte-Nord d’une exploitation forestière soucieuse du bien-être humain et respectueuse des valeurs morales. Cette lettre constitue l’un des derniers discours – sinon le dernier – écrits pour revendiquer la création de colonies forestières au Québec avant le virage de la Révolution tranquille. La prise de parole de Mgr Labrie s’inscrit en effet dans la suite d’autres acteurs comme Gustave-Clodomir Piché (chef du Service forestier de la province de Québec), l’abbé Jean-Philippe Cyr (prêtre-colonisateur au Témiscouata), ou Esdras Minville (directeur de l’École des Hautes Études commerciales), et témoigne de la portée du projet territorial de colonisation forestière, au-delà des projets ponctuels.

Dans cette communication, nous nous attarderons aux arguments invoqués par Mgr Labrie pour appuyer la démonstration qu’il tente de faire d’une alliance porteuse entre un aménagement forestier fondé sur la science et le développement économique du territoire nord-côtier ancré dans les valeurs de la Doctrine sociale de l’Église catholique. De notre analyse ressortent des pistes pour mieux comprendre dans leur ensemble les projets de colonisation forestière et leur inaboutissement, et de façon plus large le rapport ambivalent aux espaces forestiers de la société québécoise au milieu du 20e siècle.