Séance 6 — Transmettre le (et par le) religieux
L’héritage religieux durant les expulsions acadiennes, 1755-1763
Richard LeBlanc
Université de Moncton
La recherche sur les expulsions acadiennes de 1755 à 1763 note souvent que les exilé.es constituent une altérité religieuse significative pour les Britanniques. Toutefois, le rapport que les Acadiens eux-mêmes entretiennent avec leur propres croyances durant leurs années d’exil reste largement inexploré. Face à cette lacune dans la recherche, ma communication explorera le discours que les Acadiens tiennent sur leur religion de 1755 à 1763 pour démontrer qu’il contient une tension entre sentiment de déréliction divine et désir de transmission religieuse.
D’abord, il s’agira d’examiner une lettre de 1756 par des Acadiens en exode où on lit des formules comme « la main de Dieu qui nous frappe ». Cette lettre permettra de voir que leur interprétation de la violence britannique s’allie au départ à l’idée d’une violence théologique. Ensuite, la lettre d’un capitaine britannique racontant le naufrage d’un bateau chargé d’Acadiens en 1758 révèlera le passage de l’idée acadienne de violence théologique à celle d’abandon. De fait, le capitaine rapporte que les Acadiens auraient affirmé que « God had forsaken them, and they were resigned to death ». Enfin, alors que certains réfugiés acadiens en Amérique britannique se plaignent en 1763 que leurs enfants sont coincés « parmi les Anglois » et ne peuvent « pratiquer le Rit de leur Religion », ils signalent leur volonté de transmettre le catholicisme à leur enfants. Ainsi se dessine une tentative acadienne de se perpétuer en renouant paradoxalement avec ce Dieu qui les a frappés et abandonnés.