Séance 1 — Succéder, hériter et transmettre chez le notaire (I)
Légués, vendus, oubliés : les individus asservis dans les archives notariales du Canada français
Cathie-Anne Dupuis
Université de Montréal
L’esclavage au Canada français a débuté en même temps que l’établissement de la Nouvelle-France et s’est perpétué jusqu’à l’abolition en 1834. Durant ces années, les Autochtones et les Afro-descendants asservis ont été donnés, légués, vendus et prêtés entre colons. L’esclavage était normalisé dans la société coloniale et leur présence dans les testaments et les inventaires après décès en est une preuve indéniable. Malgré la fenêtre d’observation indirecte que nous avons sur les individus asservis dans ces documents, ceux-ci ont rarement été mobilisés dans l’étude de l’histoire de l’esclavage au Canada français. Ces archives témoignent d’un héritage à la fois matériel, où l’individu asservi est considéré comme un objet, et immatériel, où la transmission des valeurs esclavagistes permet la perpétuation de l’institution servile. Cette transmission est assumée, normalisée et banalisée dans la société coloniale; elle se perpétue de génération en génération, comme en témoignent les familles Campeau, Lacorne et Desrivières.
Dans cette communication, nous nous intéresserons au pouvoir de l’esclavagiste sur la persistance du statut de la personne qu’il a asservie: d’abord, en étudiant la transmission matérielle et immatérielle des valeurs esclavagistes, puis en considérant les conditions, parfois fragiles, de l’émancipation des esclaves après le décès de l’asservisseur. Tout cela démontre que l’esclavage n’était pas un phénomène marginal et que les individus asservis faisaient partie de la vie économique et sociale au Québec ancien.