Congrès 2026

Séance 14 — Hériter, transmettre, succéder en terres seigneuriales : pouvoir seigneurial, genre et inégalités successorales

Le terrier, ou (d)écrire le pouvoir seigneurial en Nouvelle-France. L’exemple des Jésuites vers le milieu du 18e siècle

Philippe Lambert

Université de Sherbrooke

Depuis le mitan du 20e siècle, la seigneurie laurentienne fait l’objet de travaux soutenus qui mobilisent un vaste éventail d’« archives seigneuriales ». Parmi celles-ci, le terrier, un registre contenant les déclarations de tous les habitants d’un fief, rassemble les éléments constitutifs de la seigneurie : l’identité du seigneur, le nom de ses tenanciers, les biens qu’ils tiennent de lui et les redevances qu’ils sont tenus de lui verser. Le terrier a souvent été exploité pour la richesse de ses données, mais par un glissement anachronique, cette approche a conduit les historien.nes à le considérer comme un réservoir d’informations et à lui attribuer une fonction économique, associée aux pratiques « gestionnaires » du seigneur, ou juridique, en lien avec le contentieux autour des droits seigneuriaux, ce qui a eu pour effet de réduire le terrier à son contenu et de masquer à la fois son sens historique et les pratiques sociales qui entourent sa confection et son utilisation. À partir de quelques terriers dressés pour les Jésuites vers le milieu du 18e siècle, cette communication vise à déconstruire les conceptions historiographiques qui réduisent le terrier à sa dimension pragmatique. En étant attentif à sa matérialité et en expliquant les étapes de sa production, il s’agit de resituer le terrier à l’intérieur de son cadre, celui du pouvoir de domination sociale qu’exerce le seigneur sur la terre et les tenanciers, afin de saisir la place qu’il tient dans la réalisation et la reproduction de ce pouvoir dans l’espace et le temps.