Séance 13 — Pratiques de transmission des Ursulines de Trois-Rivières: enseignement, vie spirituelle, patrimoine
Arts du discours au féminin. Le parcours de formation Flavie Gervais, élève des Ursulines de Trois-Rivières au mitan du 19e siècle
Andréanne Audy-Trottier
Université du Québec à Trois-Rivières
Marc-André Bernier
Université du Québec à Trois-Rivières
Dans le souvenir de l’Antiquité, la Renaissance avait conçu un projet éducatif qui faisait de la maîtrise des arts du discours une condition nécessaire au développement des facultés intellectuelles. Cet idéal pédagogique s’était poursuivi aux 17e et 18e siècles, avant que le 19e en recueille l’héritage. Au cours de cette période, les ouvrages d’éducation oratoire se sont donc multipliés, afin d’adapter une tradition rhétorique millénaire aux sensibilités nouvelles. C’est dans un contexte marqué, par exemple, par la publication du traité sur l’éducation des filles (1687) de Fénelon que paraissent les premiers manuels de rhétorique destinés aux femmes. C’est de ce même souci que témoigne aussi la bibliothèque des Ursulines de Trois-Rivières au mitan du 19e siècle. S’y côtoient alors des manuels récents, comme la Rhétorique des Demoiselles de Doublet (1840) et des ouvrages classiques comme La rhétorique française à l’usage des demoiselles(1745) de Gaillard. Premier manuel de ce genre, cet ouvrage avait connu un vif succès, comme l’atteste, chez les Ursulines, un « Discours composé par Flavie Gervais » (1844), qui en reprend des extraits. Le cahier où Flavie retranscrit son discours permet d’accéder à un épisode négligé de l’histoire de l’éducation des filles à la parole. C’est cet épisode que cette communication propose de mieux comprendre à partir du commentaire des extraits que retient Flavie, de manière à mettre en lumière le rôle pédagogique de l’extrait dans les pratiques de transmission du savoir livresque.