Congrès 2026

Séance 1 — Succéder, hériter et transmettre chez le notaire (I)

Acquérir et transmettre le patrimoine malgré les aléas de la vie. Le parcours mouvementé de Marie-Anne Bastien

Dominic Martin

Université de Sherbrooke

En mai 1752, le double meurtre de Marie-Anne Bastien et de Jean Favre apporte une fin tragique à la courbe enfin ascendante d’un itinéraire ponctué d’infortunes qui peuvent marquer la vie d’une femme à l’époque préindustrielle. Pour surmonter les épreuves, Bastien a dû faire preuve de persévérance tout en bénéficiant de l’appui de divers réseaux. Cette communication permettra d’approfondir comment, dans un contexte d’incertitude après la disparition de son premier époux (sans preuve de son décès) et l’éducation d’un fils issu de cette union, Bastien s’est insérée dans un secteur économique où elle pouvait créer un patrimoine à transmettre. La communauté de biens qu’elle recrée avec son second époux – Jean Favre, maraîcher des Hospitalières de Saint-Joseph – ne s’appuie pas sur la propriété foncière. Ses enfants bénéficient plutôt de biens meubles, d’un savoir-faire transmis à sa fille cadette (devenue couturière comme elle) et de relations sociales. Des liens familiaux, commerciaux et d’amitié, auxquels se sont greffés ceux de Favre, ont contribué à assurer l’avenir de sa progéniture en dépit des incertitudes et des tragédies. La documentation générée par l’enquête a permis de reconstituer minutieusement son parcours, révélant une femme remarquable et une alliance stratégiquement construite pour offrir à son fils un avenir prometteur. Ce destin illustre que l’héritage ne se limite pas aux biens fonciers; il est un témoignage puissant de la capacité des réseaux sociaux à assurer la protection et à permettre la transmission dans une société en transformation.