La Cour du banc du roi dans le district de Montréal, 1945-1964. Itinéraires en justice et régulation institutionnelle de la criminalité grave
Lauréat.e 2023 pour le Prix Louise-Dechêne

Nathalie Ricard

Nathalie Ricard est lauréate du prix Louise-Dechêne pour l’année 2023 avec sa thèse : La Cour du banc du roi dans le district de Montréal, 1945-1964. Itinéraires en justice et régulation institutionnelle de la criminalité grave.

La Cour du banc du roi dans le district de Montréal, 1945-1964. Itinéraires en justice et régulation institutionnelle de la criminalité grave

Université du Québec à Trois-Rivières, 2021
Fiche de l'éditeur

Les institutions du droit tissent patiemment une toile fragile et terrible, faite de négociations discrètes, de la parole des prévenus, de la routine des greffiers, et des contraintes finalement plastiques, de la loi. C’est ce travail invisible, trop souvent écrasé par la cause et son jugement, qui fait l’objet de la thèse exceptionnelle de Nathalie Ricard, « La Cour du banc du roi dans le district de Montréal, 1945-1964. Itinéraires en justice et régulation institutionnelle de la criminalité grave ».

Le titre donne le programme, mais ne rend pas justice au travail accompli par l’autrice. Ce n’est pas réellement la criminalité qui retient Nathalie Ricard, mais plutôt, les conditions de sa constitution en tant qu’objet de justice, en tant que « cas », que « dossier », avec tout ce que cela peut représenter de l’aplatissement de la multitude de drames qui s’y trouvent rejoués, et réinterprétés. Grâce à un patient travail de reconstitution de dossiers qui a forcé l’admiration du jury (près de 700 cas, prélevés par échantillonnage dans des archives notoirement labyrinthiques), Nathalie Ricard recompose la vie, et la mort, des chemins institutionnels de la justice au sein de la Cour du banc du roi, le tribunal chargé de prononcer sur les crimes graves.

Meurtres, vols, voies de faits, y sont transformés par les processus de justice en « dossiers » sur lesquels juges et avocats exercent tantôt les jugements moraux que leur position leur autorise, et tantôt les jugements adossés à des pratiques d’indexation qui produisent, non une vérité immanente, mais une vérité procédurale, la vérité judiciaire, celle qui est nécessaire pour condamner ou innocenter. Au fil de trois chapitres denses, l’autrice déploie avec doigté des approches diverses, tantôt reconstituant la vie institutionnelle de la cour, tantôt embrassant d’un regard statistique la répartition des causes qui échoient à Cour sur près de vingt ans, tantôt s’intéressant au grain des vies ballotées par les drames, où les plaidoyers se négocient en fonction de l’engorgement des tribunaux. Ricard trace donc un chemin bien à elle, dans cette mer de documents, navigant entre l’histoire du droit et celle des institutions, portée par une sensibilité bienvenue pour les questions de genre – du moins, celui des prévenus, et celui des jurées. Déployant par une plume précise, qui découpe nettement ses objets, et qui met donc en relief ce qui reste à connaître, la thèse de Nathalie Ricard fait œuvre pionnière et ses réflexions, notamment sur la nature de la fabrique du droit, débordent largement le cadre chronologique retenu et sont appelées à faire marque dans l’historiographie québécoise et canadienne.