Lauréat.e 2008 pour le Prix de la Revue d’histoire de l’Amérique française
Alain Beaulieu
Dans un texte à la fois dense et concis, Alain Beaulieu relate les péripéties des relations entre les Innus et les Français au cours des cinquante premières années du XVIIe siècle. Il réinterprète le sens pour les Innus de leurs alliances commerciales et guerrières et de leurs relations parfois tendues avec les Français pour montrer que si elles répondent à des impératifs commerciaux, elles s’inscrivent aussi et surtout dans leur volonté de préserver la souveraineté sur leur territoire et d’en contrôler l’accès.
« L'on n'a point d'ennemis plus grands que ces sauvages. » : L'alliance franco-innue revisitée (1603-1653)
Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 61, no. 3-4, 2008
Voir l'articleDans un texte à la fois dense et concis, Alain Beaulieu relate les péripéties des relations entre les Innus et les Français au cours des cinquante premières années du XVIIe siècle. Il réinterprète le sens pour les Innus de leurs alliances commerciales et guerrières et de leurs relations parfois tendues avec les Français pour montrer que si elles répondent à des impératifs commerciaux, elles s’inscrivent aussi et surtout dans leur volonté de préserver la souveraineté sur leur territoire et d’en contrôler l’accès.
C’est pour préserver cette souveraineté que les Innus se refusent avant 1640 à guider les missionnaires sur leur territoire et qu’ils contraignent les traiteurs à se servir d’eux comme intermédiaire pour établir des relations avec les peuples qui vivent au-delà. Puis, au début des années 1640, ils doivent se résigner à abandonner graduellement leur souveraineté territoriale, affaiblis qu’ils sont par les attaques des guerriers des Cinq Nations, affaiblis aussi et surtout par les épidémies qui déciment leur population et restreignent leur capacité d’exercer la surveillance sur leur territoire. Par un étrange retournement de l’histoire, de conclure Alain Beaulieu, les Innus qui avaient accueilli les Français sur leur territoire en 1603, devenaient moins d’un demi siècle plus tard dépendants de leur décisions politiques.
Et c’est ainsi qu’en portant une attention particulière aux aspects politiques et diplomatiques des relations entre les Innus et les Français, en décryptant les subtilités de leurs significations concrètes et symboliques, cette analyse d’Alain Beaulieu constitue un apport important à la connaissance du processus de constitution du rapport de domination colonial sur les populations autochtones.