Séance 7 — Histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean : oralité et monde ouvrier
Le Légendaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean : une double pérégrination
Bertrand Bergeron
Cégep d’Alma
Le territoire se décline de plusieurs manières. Il y a d’abord le territoire physique avec sa morphologie qui intéresse au premier chef les géographes, lesquels, dans un passé pas si lointain, faisaient preuve de beaucoup d’imagination en peuplant les terres et les mers inconnus de monstres fabuleux. S’y greffe une dimension démographique, car ceux qui l’habitent transforment le territoire en substrat historique, économique et, pour ne pas allonger la liste inutilement, légendaire. La première caractéristique de la légende, selon Arnold van Gennep qui en a dégagé les lois, est la localisation, son inscription dans un territoire donné. Il n’est pas exagéré d’y voir une contribution à son histoire, et j’oserais même soutenir que le légendaire d’une population donnée constitue une part importante de sa petite histoire et serait même, au Québec, l’histoire de ce « peuple sans histoire ». Mon intervention dressera la géographie légendaire de ma région, considérée comme fabuleuse dès les écrits de Jacques Cartier, à parcourir ce territoire jalonné par ces récits qui donnent à penser qu’une intelligence autre que celle de l’homme l’habite en transparence et intervient de manière intermittente, que l’ici-bas naturel mâtiné de surnaturel est projeté tel quel dans un au-delà réel ou hypothétique (c’est selon), de sorte que les défunts aborderont dans un univers familier, connu, cartographié selon les paramètres de l’ici-bas. Le légendaire se nourrit de cette vision parce qu’elle nourrit et se nourrit des croyances véhiculées par la religion commune.