Séance 3 — Des mythes en héritage (I)
Commerce français des fourrures au Canada dans les années 1610. Sur les traces d’une « Dutch connection »
Matthieu Tardif
Université de Montréal
L’historiographie de la Nouvelle-France nous a transmis un récit volontiers francocentré de la colonisation du Canada. Le premier 17e siècle y a plus particulièrement été présenté comme la période héroïque, théâtre des exploits de Champlain notamment, mais, également, celle des « vaines tentatives » (Marcel Trudel) d’une colonisation souhaitée. Longtemps négligé, le rôle de certains acteurs a depuis été réévalué. Celui des Autochtones bien sûr, mais aussi celui, par exemple, des pêcheurs basques, fréquemment évoqués dans les sources, bien qu’ils aient été eux-mêmes peu diserts sur leurs activités. Dans cet exercice de décentrage historiographique, les Hollandais semblent avoir insuffisamment attiré l’attention. Leur politique agressive à l’égard du commerce des fourrures américaines dès les années 1610 est connue. Néanmoins, on a rarement souligné qu’en même temps qu’ils s’impliquaient dans la traite sur l’Hudson, certains négociants hollandais formaient des sociétés avec des Français trafiquant sur le Saint-Laurent, parvenant parfois même à s’immiscer dans les compagnies à monopole chargées par le roi de France de coloniser le Canada. Alors que les différentes puissances européennes rivalisaient pour se tailler une part de l’Amérique, la situation apparut comme scandaleuse pour certains contemporains. De manière générale, elle rappelle cependant que, jusqu’aux réformes de Richelieu, la marine française faisait pâle figure et devait souvent recourir aux services des Pays-Bas, alliés mais néanmoins concurrents. En ce qui concerne l’entreprise canadienne, elle contribue à expliquer comment le négoce hollandais a sans doute profité de sa position pour s’insérer rapidement sur le marché des fourrures américaines et gêner les projets français.