Séance 1 — Succéder, hériter et transmettre chez le notaire (I)
Le passage des générations au sein de la diaspora acadienne en Louisiane. Transmission de terres et d’esclaves dans les années 1780
Clint Bruce
Université Sainte-Anne
Entre l’arrivée des premières familles acadiennes en Louisiane en 1764 et le transfert du territoire aux États-Unis au début du 19e siècle, les grandes transformations du monde atlantique touchent profondément les régions colonisées par les rescapés du Grand Dérangement. Accueillis dans une Louisiane devenue espagnole après la guerre de Sept Ans, les Acadiens reçoivent des terres et regagnent rapidement leur niveau de vie antérieur, comme l’a montré C. Brasseaux. Leur adaptation passe toutefois par l’adoption de l’esclavage, les captifs africains et afro-créoles devenant partie intégrante du patrimoine familial. Promulgué en 1782, au plus fort de l’engagement espagnol dans la guerre de l’Indépendance américaine, le décret commercial de Charles III libéralise les échanges et favorise, selon G.M. Hall, une « ré‑africanisation » du bas Mississippi. Ce phénomène est très visible sur la « Côte des Acadiens », entre Bâton‑Rouge et La Nouvelle‑Orléans. Or, cette conjoncture coïncide avec un tournant générationnel au sein de la diaspora acadienne locale, marqué par le vieillissement des exilés nés en Acadie.
Cette communication s’appuie sur les registres civils de la paroisse Saint‑Jacques (1782‑1787) pour étudier, à travers le cas des familles LeBlanc‑Mélançon, des ententes et ventes intrafamiliales visant à assurer le bien-être des parents tout en consolidant des patrimoines familiaux dans un contexte économique et géopolitique changeant. Elle restituera aussi la situation des personnes réduites en esclavage, dont la vie et le travail structurent ces stratégies familiales.