
Yvan Lamonde a fait partie de la grande famille de l’Institut durant toute sa carrière d’historien, qui s’étend sur plus d’un demi-siècle. Il en fut tour à tour administrateur, vice-président, membre de comités de réflexion. Sa présence comme auteur dans les pages de la Revue d’histoire de l’Amérique française, en particulier, ne s’est jamais vraiment espacée tout au long de ces années. Elle révèle un aspect de sa pratique du métier peut-être moins noté dans les témoignages affectueux de ces derniers jours – lesquels soulignent, à juste titre, les qualités humaines de l’homme et ses contributions majeures à l’histoire des idées. Il s’agit de l’ambition d’Yvan Lamonde d’outiller intellectuellement le champ de l’histoire culturelle qui était le sien et, au-delà, celui de l’histoire du Québec.
En effet, à côté des apports directs à notre connaissance du passé des idées au Québec, les contributions d’Yvan Lamonde, dans la RHAF comme ailleurs, sont ponctuées de réflexions méthodologiques et historiographiques, de bibliographies et d’inventaires, d’états des lieux, de déblaiements de terrain qui peuvent apparaître comme les travaux préparatoires d’un historien particulièrement consciencieux et entreprenant à une époque d’optimisme scientifique. Mais on peut les voir aussi comme autant de préparatifs empressés avant l’arrivée de « la visite », autant d’invitations lancées aux autres à venir le rejoindre sur ses terrains d’investigation. Cela expliquerait aussi sa pratique assidue des comptes rendus critiques de livres, exercice qu’on pourrait dire de « service public », aujourd’hui quelque peu délaissé par les chercheuses et chercheurs, qui courent après leur temps.
À un degré élevé, Yvan Lamonde concevait l’histoire comme une entreprise collégiale, certes non dépourvue de désaccords, mais essentiellement fondée sur l’addition des efforts individuels plutôt que sur le labourage de champs clos. C’est l’impression que laissent ces matériaux pour l’histoire offerts libéralement au fil des années. Et c’est bien l’impression généreuse qu’avaient les chercheuses et chercheurs jeunes et moins jeunes qui, se succédant sur un demi-siècle, ont croisé son chemin.
Quelques années avant de mourir, Yvan Lamonde a fait à l’IHAF un don très substantiel en vue d’assurer le développement de la pratique professionnelle de l’histoire. L’Institut, profondément reconnaissant, en a fait le socle d’un nouveau Fonds pour l’avancement des connaissances en histoire de l’Amérique française, avec vocation particulière à l’encouragement de la relève.
Nous adressons à la famille et aux proches nos sincères condoléances, en même temps que l’assurance de notre souvenir de l’ami généreux.
Septembre 2025
Quelques articles d’Yvan Lamonde dans la RHAF :
L’histoire culturelle comme domaine historiographique au Québec (1997)
Conscience coloniale et conscience internationale dans les écrits publics de Louis-Joseph Papineau (1815-1839) (1997)
Les « intellectuels » francophones au Québec au XIXe siècle : questions préalables (1994)
Histoire, sciences humaines et culture au Québec (1955-1970) (1971)
Michael Gauvreau, The Catholic Origins of Quebec’s Quiet Revolution, 1931-1970 (compte rendu critique, 2007)