Congrès 2026

Séance 28 — Des mythes en héritage (II)

« C’est la mort d’un patriote que nous déplorons ». Le suicide de Gilles Legault et l’invention d’un martyr québécois

Sarah Miles

Université Laval

Le 23 avril 1965, plus de 300 militant.es, artistes, et intimes accompagnent la dépouille de Gilles Legault au cimetière Côtes-des-Neiges. À l’appel de Pierre Bourgeault, des figures de la culture et politique québécoise sont présentes, dont Marcel Chaput, André d’Allemagne, Pierre Maheu, Hubert Aquin et Pauline Julien. Tous viennent présenter leurs excuses et dénoncer la « cruauté » du système carcéral canadien. La semaine précédente, en effet, le jeune membre du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), accusé d’avoir voulu dynamiter un monument américain, s’est enlevé la vie en prison. Si ses actes ne sont pas appuyés par le RIN, Bourgault déclare néanmoins que Gilles Legault est mort innocent.

Bien qu’il soit largement oublié aujourd’hui, le décès de Gilles Legault est reconnu comme un moment marquant pour le mouvement indépendantiste et un point tournant dans l’évolution de l’idéologie du RIN. Cette présentation analyse les récits médiatiques, la performance du deuil et les mémoires des militants pour comprendre comment le décès de Legault a été reconstruit pour faire de lui un martyr québécois. J’explore la manière dont le RIN et Parti pris récupèrent la martyrologie tiers-mondiste pour transformer ce suicide en objet politique. Ce processus ne vise pas seulement à informer la mémoire locale, il cherche à forger un «passé utilisable» et un héritage transmissible, constituant ainsi un répertoire de lutte symbolique reproductible qui, par le biais des médias, insère le Québec dans une cartographie globale de la résistance.