Lauréat.e 2015 pour le Prix de l’Assemblée nationale du Québec

Mathieu Lapointe

Cet ouvrage minutieux et solidement documenté remet en question les interprétations assez simplistes du phénomène. Ni tentative de contrôle social ni manœuvre politique, ces campagnes, qui jouirent d’un large appui dans la presse, allant de l’intellectuel Devoir aux tabloïdes populaires, confrontaient les élites locales et rencontrèrent les foudres du gouvernement provincial de Maurice Duplessis et celles de l’administration municipale mise en place par les libéraux.

Nettoyer Montréal. Les campagnes de moralité publique, 1940-1954

Septentrion, 2014
Fiche de l'éditeur

Les campagnes de moralité et de répression du vice n’évoquent guère d’images positives de nos jours et sont facilement soupçonnées d’hypocrisie. Par conséquent, quoique faisant partie du folklore montréalais, celles des années 40 et 50 ont été peu étudiées et restent mal connues. C’est dans ce contexte que le prix de l’Assemblée nationale est décerné cette année à Mathieu Lapointe pour son livre intitulé Nettoyer Montréal. Les campagnes de moralité publique 1940-1954. Cet ouvrage minutieux et solidement documenté remet en question les interprétations assez simplistes du phénomène. Ni tentative de contrôle social ni manœuvre politique, ces campagnes, qui jouirent d’un large appui dans la presse, allant de l’intellectuel Devoir aux tabloïdes populaires, confrontaient les élites locales et rencontrèrent les foudres du gouvernement provincial de Maurice Duplessis et celles de l’administration municipale mise en place par les libéraux. Ces campagnes n’émanaient pas non plus d’un réflexe clérico-nationaliste défensif face à l’urbanisation et à la modernité de l’après-guerre. La Ligue de vigilance sociale de 1944-1946 était bi-confessionnelle et multi-ethnique. Le Comité de moralité publique qui lui succéda, bien que composé exclusivement de Canadiens français, était jeune, urbain et laïc. Loin de rejeter la modernité et les influences extérieures, ces mouvements en faisaient partie et s’intégraient dans une mouvance internationale visant à mettre fin à la corruption municipale, à l’influence du crime organisé sur les municipalités et au trafic de personnes humaines. Les activités des mouvements de moralité publique furent d’ailleurs fortement influencées par des mouvements similaires et contemporains aux États-Unis. L’ouvrage de Mathieu Lapointe nous oblige donc à revoir nos idées reçues sur ces mouvements et à les comprendre comme des signes avant-coureurs de la Révolution tranquille.