Le Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française 2026 a été décerné le vendredi 23 octobre à Louise Bienvenue, professeure à l’Université de Sherbrooke, pour sa biographie Marie-Claire Daveluy. Une femme à la table des historiens (1880-1968) (Presses de l’Université Laval, 2025).
L’historien Alexandre Dumas a reçu le Prix de l’Assemblée nationale du Québec (financé par cette institution) pour l’ouvrage d’histoire politique La ligne de parti au Québec. De la Confédération à nos jours (Septentrion, 2025).
Matthieu Caron, professeur à l’Université Athabasca, a reçu le prix Paul-André-Linteau en histoire de Montréal (financé par la Fondation Pointe-à-Callière) pour Montreal After Dark. Nighttime Regulation and the Pursuit of a Global City (McGill-Queen’s University Press).
Et Marie-Laurence Raby, doctorante à l’Université Laval, a reçu le prix Michel-Brunet (remis à un.e historien.ne de 35 ans ou moins) pour Braver l’interdit. Histoire féministe de l’avortement au Québec, 1969-1988 (Éditions du Remue-ménage, 2025).
Dans son éloge du livre de Louise Bienvenue, le jury écrit: «Au fil d’un récit chronologique et thématique qui nous happe dès les premières pages, [l’autrice] brosse le portrait d’une femme animée par la passion de l’histoire et par la volonté de transmettre un savoir rigoureux, appuyé sur des sources fiables, à différents publics. Évoluant dans un milieu dominé par les hommes, Daveluy s’est entêtée, et elle a réussi à y faire sa place.» Ce livre, déjà plusieurs fois récompensé, est selon le jury «une lecture essentielle pour quiconque souhaite partir non seulement à la rencontre d’une autrice très engagée dans les milieux culturels montréalais de la première moitié du 20e siècle, mais aussi de toute une époque de grande effervescence culturelle».
Dans La ligne de parti au Québec, Alexandre Dumas «pose un diagnostic fascinant sur la santé du débat parlementaire à l’Assemblée nationale» en analysant la dissidence ouverte ou feutrée des députés de toutes allégeances au sein de leur propre parti sur plus de cent cinquante ans. Pratiquement inexistante avant Duplessis, «la discipline de parti et le contrôle du message se renforcent au point de devenir un carcan que plusieurs femmes et hommes députés remettent en question au nom de la démocratie». Le jury félicite M. Dumas «pour cette fresque passionnante et bien documentée qui contribue de manière originale à l’histoire politique et parlementaire du Québec».
Étudiant l’ambition du maire Jean Drapeau de faire de Montréal une ville de classe mondiale des années 1950 aux années 1980, Matthieu Caron, lauréat du prix Paul-André-Linteau, délaisse les thèmes habituels de ce sujet (lutte contre le crime organisé, grands projets). À travers son exploration de la vie nocturne de la métropole, il montre plutôt les initiatives du maire «pour nettoyer la ville, ses efforts pour faire disparaître de la sphère publique une culture populaire qu’il jugeait inappropriée et ses interventions visant les individus et les groupes qui ne correspondaient pas au conformisme hétéronormatif blanc». Le jury souligne «la richesse de la recherche, la force de la démonstration et l’élégance de la prose» de cet ouvrage qui aborde aussi la contestation (nocturne par prédilection) de ces initiatives.
En s’intéressant au Service de référence pour avortement des groupes féministes montréalais entre 1966 et 1988, l’étude de Marie-Laurence Raby, prix Michel-Brunet 2026, met en lumière «les conditions matérielles de l’avortement illégal puis légal, le travail des regroupements féministes et les rapports de force qui se jouent sur le terrain». S’appuyant sur des sources inédites, dont celles de réseaux féministes clandestins, et sur des témoignages oraux, Braver l’interdit met au jour «les actions et les stratégies pour offrir, souvent dans la clandestinité, un soutien à des femmes parfois désemparées et pour s’assurer de la décriminalisation de l’avortement, puis de l’accessibilité des services». «La pertinence de cet ouvrage est bien réelle, écrit le jury, et sa qualité, indéniable.»
Deux autres prix ont été remis par l’Institut le 23 octobre. Kessie Theliar-Charles a reçu le prix Paul-André-Linteau (volet article) pour son texte sur l’espace culturel haïtien et caribéen paru dans la Revue de la Société historique du Canada. «Un texte saisissant et stimulant qui renouvelle le regard historique sur Montréal et en révèle un autre visage», écrit le jury.
Et le Prix de la Revue d’histoire de l’Amérique française a été décerné à deux coautrices, Lise Puyo et Fannie Dionne, pour leur article sur les utilisations du Dictionnaire algonquin (anicinàbemowin) rédigé à Montréal au 19e siècle par le sulpicien Jean-Baptiste Thavenet. «Ce qui aurait pu n’être qu’une interprétation aride du dictionnaire fait place à une plongée dans les rapports de pouvoir ecclésiastiques ainsi que dans les processus et les enjeux de l’apprentissage des langues autochtones des deux côtés de l’océan Atlantique», écrit le jury.
Les prix de l’IHAF sont décernés à l’occasion du congrès annuel de l’Institut d’histoire de l’Amérique française, qui se tenait cette année à Saguenay sous les auspices de l’Université du Québec à Chicoutimi. Le jury des prix du livre était composé des historien.nes Michel Ducharme (Université de la Colombie-Britannique), Jean-Philippe Garneau (UQAM) et Dominique Marquis (UQAR). Le jury des prix de la recherche, qui s’occupe des articles et des thèses, était composé pour sa part de Marie-Claude Thifault (Université d’Ottawa), Sébastien Brodeur-Girard (UQAT) et Maude Flamand-Hubert (Université Laval).
